Iran : le terrorisme d’État impérialiste

02 Décembre 2020

Un nouvel assassinat politique ciblé a touché l’Iran. Le 27 novembre, Mohsen Fakhrizadeh, physicien figurant à la tête du programme nucléaire iranien, a été tué dans le cadre d’une opération complexe et minutieuse que les dirigeants de Téhéran attribuent au gouvernement israélien et à ses services secrets, le Mossad.

Il y a moins d’un an, en janvier dernier, c’était le général Qassem Soleimani, responsable des opérations militaires iraniennes en Irak, qui était visé et assassiné par un drone américain devant l’aéroport international de Bagdad. Trump avait alors justifié a posteriori son ordre de tuer Soleimani, en le qualifiant de « terroriste numéro un » dans le monde, qui aurait préparé des attaques « imminentes » contre des diplomates et militaires américains. Hormis, quelques mois plus tard, une experte mandatée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, peu de voix s’étaient alors fait entendre, venant des grandes puissances occidentales, pour condamner cet acte de terrorisme d’État. L’administration Trump, qui s’était retirée deux ans plus tôt de l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015 par le gouvernement Obama, pesait de tout son poids diplomatique et économique. Il n’était en effet pas question de permettre à des impérialismes concurrents du géant américain de profiter en quoi que ce soit de son absence pour faire affaire avec l’Iran. Il était commode pour eux de fermer les yeux sur ce qui pouvait alors passer pour un acte de guerre.

Ce nouvel assassinat, d’un civil cette fois, fût-il proche des sphères du pouvoir, ne suscite pas plus de protestations officielles. Au ministère français des Affaires étrangères, par exemple, on ne réa­git qu’en exprimant « préoc­cu­pa­tion » et « attention ». L’acte, sans doute l’œuvre du pouvoir israélien accompli avec l’aval de son allié américain, est pourtant clairement un geste d’agression envers l’Iran, destiné à fragiliser davantage les relations économiques de ce pays avec les signataires de l’accord de 2015 et à rendre plus difficile sa remise en route.

L’embargo décidé par l’administration Trump avait eu des conséquences catastrophiques pour la population iranienne, pour laquelle les exportations pétrolières constituent la principale source de revenus. Après sa défaite encore mal acceptée face à Joe Biden, Trump n’a d’ailleurs eu de cesse de multiplier les sanctions, faisant passer le message qu’il pourrait continuer jusqu’en janvier 2021, date où il devra passer la main. De toute façon, même si le nouveau président américain élu a manifesté son intention de faire reprendre à son pays sa place dans l’accord de 2015, les sanctions mises en place envers l’Iran sont toujours appliquées, et leurs effets terribles sur sa population persistent.

Ce dernier acte de terrorisme d’État ne peut, au passage, que renforcer les positions de la fraction la plus conservatrice du pouvoir iranien, qui joue sur un possible discrédit du pouvoir actuel du « modéré » Hassan Rohani, avant l’élection présidentielle qui doit avoir lieu à Téhéran en juin prochain. Peu importent aux auteurs de l’assassinat les conséquences potentielles sur la population iranienne déjà sous le joug d’un pouvoir autoritaire. Et parier sur l’augmentation des tensions régionales est pour les dirigeants israéliens leur pain quotidien.

Viviane LAFONT