Afghanistan : des décennies de guerre

02 Décembre 2020

Le 29 novembre, dans la province de Ghanzi à l’est de l’Afghanistan, un attentat suicide a fait 30 morts du côté des forces afghanes. Le jour même, un autre attentat-suicide à la voiture piégée a tué un civil et en a blessé vingt autres, dans la ville de Qalat, au sud du pays. Il visait la voiture du chef du conseil provincial, qui a été blessé.

Les attentats se succèdent en fait depuis des mois. S’ils ne sont pas tous revendiqués par les talibans, car nombre de milices agissent ainsi, dont celles de l’organisation État islamique, on assiste à une recrudescence de ceux commis par les talibans contre l’armée afghane et les représentants d’un pouvoir avec lesquels ils sont censés conclure la paix.

En février dernier, un premier accord a été signé sous la houlette des États-Unis, censé garantir une stabilité du pays une fois les troupes américaines parties. Mais les négociations de paix, commencées en septembre à Doha, au Qatar, entre le gouvernement afghan jusque-là soutenu par les États-Unis et les talibans, traînent en longueur. Ces derniers font monter les enchères en quelque sorte, en multipliant les attentats pour montrer qu’ils sont maîtres du jeu et que, de ce fait, ils ne peuvent que constituer la composante principale du futur gouvernement. Car, le retour des talibans au pouvoir fait peu de doute.

En décidant de retirer les troupes américaines d’Afghanistan, ce qui ne devrait être effectif que dans plusieurs mois, Trump a dit vouloir ainsi respecter sa promesse de campagne : « ramener les soldats américains à la maison ». Mais là n’est pas la seule raison d’une telle décision. L’impérialisme américain a déclenché cette guerre aux lendemains des attentats de septembre 2001, et force est de constater que l’armée américaine n’a fait que s’y enliser depuis.

Le problème de l’impérialisme américain n’est certes pas le sort de la population pauvre, ni celui des femmes, dont les droits n’ont d’ailleurs que fort peu progressé malgré les promesses faites pour justifier l’intervention américaine. Comme en Irak, les États-Unis veulent se sortir d’un bourbier, tout en trouvant des forces qui puissent ensuite garantir le maintien de leur ordre, et peu importe si celles-ci imposent une dictature tout aussi moyenâgeuse que celle qui pèse sur le peuple saoudien. Ainsi les ennemis d’hier deviennent les alliés de demain. Il faut rappeler qu’avant 2001, avant de devenir les ennemis à abattre, les talibans étaient les alliés de l’impérialisme. Les voilà de nouveau devenus des interlocuteurs privilégiés.

Ces dix-neuf années de guerre menée par l’armée américaine, avec l’aide de l’armée française de 2001 à 2014, ont ravagé le pays. Des centaines de milliers de morts et sept millions de réfugiés en constituent le tragique bilan, sans parler des centaines de milliards de dollars ainsi engloutis. Les manœuvres de l’impérialisme pour maintenir sa domination ne peuvent aboutir qu’à étendre cet incendie qu’il a allumé.

Aline RETESSE