Bidonvilles : des expulsions qui aggravent la misère

28 Octobre 2020

Alors que le début de la trêve hivernale censée mettre fin aux expulsions approche à grand pas, de plus en plus de bidonvilles sont évacués par la force, à la demande des maires et des préfectures. Plus de 2 400 personnes auraient été ainsi expulsées depuis le début du mois d’octobre.

Souvent cachés en bordure de périphérique, sous des ponts autoroutiers, sur des friches industrielles ou dans des terrains abandonnés, la centaine de bidonvilles recensés rien qu’en Île-de-France regroupent plus de 6 000 personnes. Dans des baraques de fortune faites de bric et de broc, de grilles de chantiers ou de bâches, les habitants survivent comme ils peuvent en se protégeant des intempéries et des rats, récupérant un peu d’électricité à l’aide de branchements de fortune.

Certains sont des Roms de Roumanie vivant en France depuis des décennies, d’autres des migrants plus récents d’Europe de l’Est, de Moldavie ou d’Ukraine. Après des années d’errance, certains, Afghans, Guinéens ou Soudanais, attendent là la réponse à leur demande d’asile. D’autres, déjà déboutés de leur demande dans un autre pays d’Europe, ont trouvé refuge ici, espérant échapper à un nouvel exil. Beaucoup survivent de petits boulots non déclarés dans le bâtiment, devenus encore plus rares avec l’aggravation de la crise.

Depuis leur arrivée dans les bidonvilles, leurs habitants ont connu des expulsions à répétition et toujours vécu dans l’angoisse de tout perdre à nouveau. À l’opposé des discours gouvernementaux prônant la réinsertion sociale et promettant la disparition des bidonvilles d’ici 2023, malgré les efforts déployés par les associations pour scolariser les enfants et permettre aux familles d’accéder aux aides auxquelles elles ont droit, leur vie s’organise au rythme des évacuations. Les campements ne font que se reformer un peu plus loin, dans des conditions encore plus précaires. Tout est alors à recommencer, domiciliation, scolarisation des enfants, recherche de travail. Dans les rares villages d’insertion mis en place par certaines municipalités, les places sont chères. Les aides de l’État se résument bien souvent à laisser les familles écouter sonner dans le vide leurs appels au 115, dans l’espoir d’obtenir quelques nuits à l’hôtel.

Les associations comme Médecins du monde, qui interviennent dans les campements, soulignent à quel point cette vie d’errance n’est nullement un choix. La misère et la marginalisation proviennent de l’absence d’accès à un travail stable, et surtout payé correctement. La pénurie de logements corrects et abordables les rend de plus en plus inaccessibles. Scandaleux dans un des pays les plus riches du monde, elle conduit à la privation d’accès à l’école pour les enfants ou même d’accès aux soins médicaux élémentaires, faute d’avoir rempli tous les formulaires exigés.

Lors de la première vague de Covid, l’État avait fait le minimum, prolongeant la trêve hivernale et faisant installer des points d’eau dans les bidonvilles. Mais, alors que la deuxième vague de l’épidémie rend la situation encore plus préoccupante, les autorités procèdent au contraire à la multiplication des expulsions.

Celles-ci aboutissent à rendre encore plus impossible la vie des plus misérables et ne servent qu’à flatter les préjugés contre les plus pauvres..

Gilles BOTI