Suez – Veolia : leur univers impitoyable

14 Octobre 2020

Telle une série B de mauvaise facture, le rachat de Suez par Veolia a été l’occasion de multiples rebondissements, un spectacle révélateur des relations intimes entre les grandes entreprises et l’État.

Depuis que Veolia a annoncé fin août sa volonté de racheter à Engie les 30 % qu’il détient dans Suez, son principal concurrent dans la gestion de l’eau et des déchets, les dirigeants des deux groupes s’affrontent en tirant sur toutes les cordes et toutes les ficelles possibles. Parmi les rôles principaux du feuilleton, il y a les dirigeants de Suez, ceux qui risquent leur place et qui sont donc vent debout contre cette opération, accusant la bande rivale à la tête de Veolia de vouloir démanteler le groupe et de préparer des milliers de licenciements. C’est certainement vrai mais de la part de Philippe Varin, actuel président du conseil d’administration de Suez, ex-patron de PSA, licencieur en chef à Aulnay-sous-Bois, se présenter en défenseur des emplois, est une prouesse d’acteur.

Les derniers rebondissements ont eu lieu au début du mois, avant la clôture de l’offre de Veolia à Engie. Le 1er octobre, les patrons de Suez annonçaient avoir trouvé un autre acheteur des actions d’Engie, le fonds Ardian. Mais selon la presse, le patron d’Engie, qui a obtenu une augmentation de 10 % du prix payé par Veolia, aurait menacé Ardian de « relations hostiles ». Ardian a préféré se retirer de la bataille le 5 octobre, le même jour où le conseil d’administration d’Engie approuvait l’offre de Veolia. Lors de ce conseil, les représentants de l’État, actionnaire à 24 %, ont voté contre l’offre, mais ils ont été en minorité, ce qui a permis à Bruno Le Maire, officiellement hostile à la vente à Veolia, de s’incliner devant le résultat du vote. Mais selon la presse, l’opposition de Le Maire pourrait n’être qu’une façade de politicien pour ne pas être associé à une opération impopulaire. L’État en tout cas aurait eu d’autres moyens de pression pour s’opposer à la vente, des moyens qu’il n’a pas utilisés. L’Élysée, en la personne de son secrétaire général, serait même intervenu en sous-main pour que les délégués CFDT quittent la séance du conseil d’administration et ne prennent pas part au vote, afin que leur abstention ne soit pas comptée en opposition à la vente.

Ces informations ont fait dire aux syndicats de Suez, ralliés à leur direction, que « l’État a laissé le vendeur dicter ses conditions ». La France insoumise parle de « scandale d’État ». Mais comment s’étonner de ces mœurs qui sont celles du capitalisme ? Des bandes rivales s’affrontent pour mettre la main sur des pans entiers de l’économie.

Les travailleurs de Suez ont raison de craindre pour leurs emplois mais ceux de Veolia aussi. Car fusion ou pas, les capitalistes présentent toujours la facture aux travailleurs, en licenciant et en s’en prenant aux salaires. Soutenir une bande contre une autre, comme le font les syndicats de Suez en soutenant leurs patrons contre ceux de Veolia, n’aidera pas les travailleurs à s’en sortir, alors qu’ils devront s’organiser et s’unir pour défendre leurs intérêts propres, leurs emplois, leurs salaires, contre tous ces exploiteurs.

Serge BENHAM