Algérie : condamnation inique

14 Octobre 2020

Si la condamnation de Yacine Mebarki à dix ans de prison, peine la plus lourde prononcée à l’égard d’un détenu d’opinion, a été un choc pour tous ceux qui militent pour un changement en Algérie, les motifs invoqués par le tribunal de Khenchela l’ont été tout autant.

Elle ramène le pays à un passé que beaucoup pensaient révolu.

En effet, ce militant du Hirak (le mouvement de contestation populaire) et de la cause berbère de 52 ans, était sous la surveillance des services de sécurité. En perquisitionnant son domicile, ils ont trouvé un coran appartenant à son grand-père, dont une des pages était arrachée. C’est un des éléments qui a conduit le tribunal de Khenchela à le condamner pour « atteinte à l’unité nationale », « incitation à l’athéisme » et « offense à l’islam ».

Cette condamnation est le signal que les forces conservatrices, religieuses et réactionnaires sont toujours à l’œuvre dans la société algérienne. Si, sur le plan politique, les islamistes de toute obédience n’ont pas réussi à capter la colère qui s’est exprimée dans le Hirak, leur influence n’a pas disparu pour autant. La répression menée depuis des mois par le gouvernement à l’égard de tous ceux qui contestent ne peut que les encourager.

La tentative de Tebboune, le président de la République, de légitimer son pouvoir en organisant le 1er novembre un référendum sur la révision de la Constitution, censé poser les bases d’une Algérie démocratique, apparaît comme une vaste escroquerie. Les patrons, les tribunaux, la police, s’assoient sur les articles de la Constitution actuelle censée garantir la liberté de conscience et des droits pour les femmes et les travailleurs. Pour les opprimés la seule garantie réside dans leur mobilisation et leur capacité à s’organiser pour renverser cet ordre social.

Leïla Wahda