Course au vaccin : profits garantis

02 Septembre 2020

L’été n’a pas fait disparaître le Covid-19. Un vaccin efficace, immunisant une grande partie de la population mondiale, permettrait de faire face au virus.

Les efforts et les moyens mis en jeu pour trouver un tel vaccin sont énormes, et même jamais vus dans l’histoire de la médecine. Mais tout est sous la coupe de l’industrie pharmaceutique, qui est une des plus concentrée au monde, avec des grands groupes comme Pfizer, Sanofi, GSK, AstraZeneca et d’autres.

Dans la course au vaccin, ils ont réussi à se décharger de tous les risques. Ils se sont associés à des laboratoires qui sont chargés des recherches, tandis qu’ eux s’empareront des résultats pour produire les milliards de doses synonymes de milliards d’euros de bénéfices. Et, pour se garantir du fait que le laboratoire sur lequel ils ont misé ne trouvera peut-être pas le vaccin ou ne le trouvera que trop tard face à un concurrent, ils ont obtenu des États que ceux-ci leur payent par avance des centaines de millions de doses.

« Pour moi, c’est une guerre, le monde est dans une course aux vaccins », a dit un dirigeant du groupe Pfizer. Les protocoles de tests et de mise au point des vaccins ont été chamboulés. Tout a été précipité. Est-ce qu’il y aura des risques d’effets secondaires mal maîtrisés ? Ces groupes ont prévu le coup. Ce sont les États qui prendront à leur charge les risques financiers et juridiques liés aux effets secondaires, pour un vaccin mis prématurément sur le marché. C’est ce que vient de négocier avec les États de l’Union européenne la Fédération européenne des associations et industries pharmaceutiques, via sa branche Vaccines Europe, qui représente les intérêts de Sanofi, GSK, AstraZeneca, Janssen et Merck.

En plein confinement, le PDG de Sanofi avait déclaré, alors que son groupe venait d’annoncer des résultats record : « Bien sûr, le monde irait mieux sans le Covid-19. Mais c’est le moment pour nous d’agir. Et ce que je vois en ce moment chez Sanofi dépasse tout ce dont j’ai pu être témoin dans ce secteur en trente ans de carrière. » Tout est dit. Alors que, pour lutter contre la pandémie, il faudrait une organisation supranationale pour coordonner toutes les recherches et planifier la production des futurs vaccins à l’échelle mondiale, une poignée d’actionnaires des géants de la pharmacie mettent l’humanité en coupe réglée. C’est à l’image du fonctionnement de toute la société capitaliste et cela la condamne.

Pierre ROYAN