Notre fête des 26 et 27 septembre interdite

26 Août 2020
Nous publions dans la version papier de notre journal le décret par lequel la préfecture du Val-d’Oise a décidé de ne pas autoriser la fête de Lutte ouvrière de région parisienne que nous souhaitions organiser les 26 et 27 septembre prochains. Elle ne pourra donc pas avoir lieu et nous le regrettons pour tous nos camarades, militants, sympathisants et amis, pour qui elle aurait été une occasion de retrouvailles, d’échanges et de débats.

Les raisons avancées par la préfecture pour nous interdire cette initiative ne nous surprennent pas. Elles ne touchent pas seulement Lutte ouvrière, et chacun sait que nombre de festivals, de foires, de spectacles culturels n’ont pu avoir lieu en France cet été, parfois parce que les organisateurs n’avaient pas les moyens de les assurer dans les conditions sanitaires prescrites, mais aussi le plus souvent parce qu’ils ont été tout simplement interdits. C’est le cas dans le Val-d’Oise, le département où se trouve Presles, où nous savons que d’autres initiatives prévues dans la même période, n’ayant d’ailleurs aucun caractère politique, ont été elles aussi interdites. Il est évident que pour les autorités préfectorales, qui assument une grande part des responsabilités dans l’application des mesures d’urgence sanitaire, le plus facile est d’interdire purement et simplement toute manifestation pouvant réunir un nombreux public, y compris au-dessous de la limite de 5 000 personnes officiellement fixée au niveau national jusqu’au 31 octobre.

On pourrait saluer l’impartialité de ces décisions et ce souci de la santé de la population s’ils ne souffraient pas d’exceptions notables, notamment lorsque les manifestations concernées comportent des enjeux financiers importants. C’est le cas pour certains événements sportifs, tel par exemple le Tour de France reporté à ce mois de septembre. Il y a aussi le cas où elles bénéficient de sympathies politiques évidentes, comme le spectacle du Puy du Fou que le très réactionnaire de Villiers a pu organiser en toute tranquillité bien au-delà de la limite officielle des 5 000 participants ; tout cela sans parler de l’attitude politique générale du gouvernement sur le plan sanitaire, que nous dénonçons régulièrement dans notre journal.

Le fait est aussi que nombre d’entreprises réunissant des milliers de travailleurs ont pu et peuvent continuer de fonctionner, moyennant un engagement purement formel au respect des mesures barrières, contribuant parfois de façon importante à l’extension de l’épidémie. Là aussi, les enjeux économiques priment et cela ne peut nous étonner. Dans une société où la recherche du profit guide une grande partie des décisions, celles-ci ne peuvent être neutres, même quand il s’agit de sauvegarder la santé de tous. Pour les autorités, garantir la possibilité de tenir des manifestations axées autour de la défense des intérêts des travailleurs est moins que jamais une priorité.

Pour une organisation voulant défendre les intérêts de la classe ouvrière, il est pourtant indispensable d’apparaître politiquement, de réunir ceux qui se reconnaissent dans ses idées. Après que le confinement eut empêché la tenue de la fête de Lutte ouvrière prévue fin mai, cette fête de fin septembre devait nous permettre de l’assurer malgré tout, en étant en même temps déterminés à faire le nécessaire pour y appliquer le protocole sanitaire strict. La question n’est pas le respect formel des décisions en vigueur, pour ainsi dire par peur du gendarme, mais la responsabilité vis-à-vis de tout notre public. En tant qu’organisateurs, nous savons que nous pouvions compter sur tous nos camarades pour assurer la tenue de cette fête sans faire courir de risque sanitaire aux participants, en appliquant toutes les mesures de protection nécessaires. Nous continuerons de le faire pour toutes nos initiatives, à commencer par nos camarades d’autres régions qui organisent dans cette même période des fêtes et banquets et qui n’encourent pas jusqu’à présent d’interdiction.

Nous sommes en tout cas déterminés à continuer nos activités politiques, à les élargir, avec les adaptations nécessaires pour tenir compte de la pandémie. Cela est plus indispensable que jamais dans la situation de crise, non seulement sanitaire, mais économique et politique que nous connaissons.

Pour Lutte ouvrière, Michel Rodinson, directeur du journal