Charente-Maritime : quels responsables pour les cancers ?

22 Juillet 2020

Depuis 2008, cinq enfants ou adolescents de la commune de Saint-Rogatien (2 000 habitants) ont déclaré une leucémie ou un lymphome. Une jeune de 15 ans en est morte l’an dernier.

Une association de parents accuse à la fois les pesticides utilisés dans les champs voisins et les fumées dégagées par une usine de bitume de la commune voisine de Périgny. Le chrysène présent dans ces fumées est en effet répertorié comme cancérigène, et le glyphosate, utilisé comme pesticide, comme cancérigène probable.

À la douleur des parents et aux inquiétudes des habitants est opposée une étude épidémiologique selon laquelle cette proportion de cancers juvéniles, quatre fois supérieure à la moyenne nationale, ne suffit ni à prouver ni à exclure un lien avec l’environnement. Mais la moyenne nationale elle-même reflète les risques industriels et les polluants agricoles présents à l’échelle de tout le pays !

Pour répondre aux questions légitimes des habitants, il n’existe aucune étude statistique d’envergure qui prenne en compte, à l’échelle nationale, les lieux d’habitation, de travail ou de scolarisation successifs des malades de cancers, la composition des pesticides épandus à proximité de leurs domiciles aux dates où ils y vivaient, la composition des produits utilisés ou rejetés par les usines alentour (protégée par le secret industriel) et la présence de polluants dans l’eau ou l’air. Seules de telles études à grande échelle et dans la durée permettraient d’établir des corrélations entre maladies et environnement, et de rechercher d’éventuels « effets cocktails » entre différents polluants.

Ce serait indispensable pour étudier les causes de cancers. Mais cela nécessiterait d’une part des moyens que l’État n’est pas plus prêt à déployer que pour permettre aux hôpitaux de fonctionner dignement. Et cela requerrait d’enfreindre le sacro-saint secret industriel qui protège les pollueurs. Deux raisons qui empêchent les familles de connaître la vérité pour éviter que d’autres en soient victimes.

David LOUVOIS