La solidarité selon Macron : les patrons d’abord

18 Mars 2020

« Aucune Française, aucun Français ne sera laissé sans ressources », a martelé Macron le 16 mars au soir.

Il a parlé d’élargir le dispositif du chômage partiel. Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, lui a emboîté le pas en promettant que les salariés mis au chômage technique ne perdraient pas un centime d’euro. Tous deux mentent sans vergogne.

Les travailleurs en chômage partiel toucheraient, si les règles ne changent pas, 70 % de leur rémunération brute, soit environ 84 % de leur salaire net habituel, dans la limite de 35 heures payées. Seuls les salariés au smic conserveraient 100 % de leur salaire. Pour toute une partie des travailleurs, il y aura donc bien une perte importante de salaire, d’autant que les primes risquent fort d’être supprimées. Dans nombre d’entreprises, cela a déjà été annoncé. Or elles représentent parfois 100, 200, 300 euros par mois. Autant dire que la perte de revenu sera considérable.

Qui paiera le chômage partiel ? Là encore les patrons seront épargnés. Jusqu’à présent, l’État mettait déjà la main à la poche en le finançant en partie. Cette fois Macron-Le Maire se sont engagés à rembourser aux patrons toutes les sommes versées au titre du chômage partiel. Ce sont finalement les travailleurs eux-mêmes indirectement qui se paieront leur propre salaire.

Mais de toute façon les millions de travailleuses et de travailleurs intérimaires sont purement et simplement licenciés quand l’entreprise ferme, et ils perdent donc la totalité de leur salaire. Cela fait déjà des semaines dans les régions touchées par le Covid-19, comme les Hauts-de-France, que les agences d’intérim tournent au ralenti. Et cela va s’aggraver dans les semaines à venir.

Quant à tous ceux qui se seraient fait des illusions après la déclaration de Macron sur la suspension des « factures d’eau, de gaz, d’électricité ainsi que les loyers », Le Figaro s’est appliqué à rappeler que cette mesure ne concernait pas les particuliers, qui devront continuer à payer leurs quittances ou leurs mensualités d’emprunt immobilier.

La solidarité dont le président a beaucoup parlé lundi 16 mars, c’est celle de l’État vis-à-vis du grand patronat. Des milliards d’un côté, le chômage et les pertes de salaire de l’autre. La guerre de classe, Macron continue tout naturellement à la mener contre les travailleurs.

Aline RETESSE