Stations de sports d’hiver : les saisonniers contre la réforme du chômage

19 Février 2020

Les salariés saisonniers des remontées mécaniques étaient massivement en grève samedi 15 février. Ils protestaient contre la perte de revenus entraînée par la nouvelle loi sur l’assurance chômage et contre la menace que la réforme du gouvernement fait planer sur leur retraite.

Dans une cinquantaine de stations, ils avaient déployé leurs banderoles et distribuaient des tracts aux vacanciers. À Avoriaz ou Pra Loup, le mouvement a été suivi par 90 % des saisonniers, et une nouvelle journée est déjà prévue lundi 24 février dans toutes les stations.

La réforme de l’assurance chômage frappe les journaliers à double titre. Depuis le 1er novembre 2019, il faut pour toucher le chômage avoir travaillé au moins six mois sur les 24 derniers, au lieu de quatre sur les 28 derniers auparavant. Or un saisonnier travaille en moyenne quatre mois et demi l’hiver et parfois, mais pas toujours, deux mois l’été. Toute une partie d’entre eux vont se retrouver sans allocation au printemps, en particulier ceux dont c’est la première saison.

Au 1er avril s’ajoutera à cela le nouveau mode de calcul du salaire journalier de référence, qui sert de base pour calculer les allocations chômage. Alors qu’auparavant il était obtenu en divisant la somme des salaires bruts perçus par le nombre de jours travaillés, il faudra diviser celle-ci par la totalité des jours travaillés et non travaillés, à l’exception des congés maternité, accidents du travail et arrêts maladie de plus de 15 jours. L’allocation baissera d’autant pour tous ceux qui ont une carrière hachée, en particulier les saisonniers, qui s’attendent à une baisse de 20 à 70 % de leur indemnité.

Quant à la réforme des retraites, les saisonniers s’attendent à ce qu’elle entraîne, pour eux comme pour tous ceux qui n’auront pas eu un emploi stable, l’obligation de vivre leurs vieux jours avec un revenu misérable.

Outre ces mesures, d’autres menaces planent sur les saisonniers. Le petit rempart contre la précarité représenté par l’article de leur convention collective permettant de reconduire les contrats d’une année sur l’autre risque de disparaître avec la fusion des branches professionnelles. Ils subissent aussi des conditions de travail de plus en plus dures. Les stations réduisent les effectifs au détriment de la santé des salariés, souvent épuisés à 40 ans. La sécurité en souffre aussi, car il devient de plus en plus difficile de vérifier correctement les pistes et le matériel. À cette dégradation des conditions de travail s’ajoutent les difficultés propres à la vie dans les stations de sports d’hiver, où les prix de la nourriture et des logements atteignent des sommets.

Dans des montagnes où il n’y a souvent pas d’autre travail, bien des saisonniers n’ont pas le choix, et ont de plus à se battre contre la politique du gouvernement.

Daniel MESCLA