Fukushima : la justice blanchit les criminels

25 Septembre 2019

Huit ans et demi après la catastrophe de Fukushima, trois anciens dirigeants de la société Tepco, opérateur de la centrale nucléaire, ont été jugés pour négligence ayant entraîné la mort.

L’ex-président du conseil d’administration et deux anciens vice-PDG étaient accusés de ne pas avoir tenu compte d’informations concernant les risques de tsunami dont ils avaient connaissance, et de ne pas avoir engagé de travaux.

Le 11 mars 2011, le tsunami avait causé la mort de 18 500 personnes. L’accident nucléaire qui avait suivi n’a fait aucune victime sur le coup, mais les autorités admettent que plusieurs milliers de décès postérieurs sont directement liés à ses conséquences. En particulier, l’acte d’accusation pointait l’horrible périple de 44 patients, évacués d’un hôpital à quelques kilomètres de la centrale, avec un bus qui avait tourné en rond pendant des heures. Pour ces personnes âgées, l’issue avait été fatale.

La justice a exonéré les trois ex-dirigeants de ­Tepco de toute faute et manquement, et ils ont été acquittés. Cet acquittement n’est pas une surprise de la part de tribunaux bien complaisants vis-à-vis des puissants. Les procureurs avaient auparavant refusé à deux reprises d’engager des poursuites contre ces mêmes dirigeants de Tepco. D’après eux, les éléments du dossier étaient insuffisants.

Ce procès était le premier au pénal contre des personnes physiques, mais auparavant, la société Tepco avait déjà été jugée responsable par d’autres instances. À chaque fois, les tribunaux n’ont infligé que des amendes symboliques. Tepco indemnise certes les victimes du drame, mais à l’aide d’un fonds alimenté essentiellement par l’État, donc par les contribuables.

Le lendemain de l’annonce de l’acquittement, le cours de l’action Tepco a progressé de 2,5 % à la bourse de Tokyo. Ce n’est pas un tsunami, mais quand même une belle vague.

Bertrand GORDES