Venezuela : un coup de force soutenu par l’impérialisme

30 Janvier 2019

Le 23 janvier, le Venezuela commémorait la chute d’un dictateur militaire, Marcos Pérez Jimenez, renversé en 1958 par un soulèvement populaire. Cette année, il y a eu deux défilés à Caracas : celui des partisans du régime chaviste de Nicolas Maduro et celui de ses opposants. Et c’est le jour qu’a choisi le président de l’Assemblée nationale, Juan Guaido, pour se proclamer président du Venezuela.

Si Guaido, un ingénieur de 35 ans, se retrouve à la tête de l’opposition de droite, c’est que ses dirigeants plus expérimentés sont assignés à résidence ou en fuite à l’étranger, sous le coup de poursuites, notamment pour corruption. Le parti qui conduit l’opposition s’appelle Volonté populaire, mais il pourrait se nommer Volonté de la bourgeoisie, car il représente les intérêts de la moyenne et grande bourgeoisie qui, depuis vingt ans, veut renverser le régime chaviste.

Quelques minutes après son coup de force, Guaido a reçu sans surprise le soutien de Trump, puis des gouvernements de droite d’Amérique latine. Les dirigeants européens s’en sont mêlés, dont Macron, tous ces grands démocrates trouvant plus démocratique un député qui s’autoproclame président que Maduro qui a obtenu à la présidentielle de mai 2018 les suffrages de 30 % des inscrits.

Mais, le lendemain 24 janvier, le ministre de la Défense, le général Padrino, entouré du haut état-major, a dit son soutien au régime : une façon de rappeler qu’il faut compter avec l’armée.

L’opposition de droite a donc repris l’offensive, avec le soutien de l’impérialisme américain, comme cela a toujours été le cas à chaque crise du régime chaviste. Cherchant à faire basculer l’armée, elle a proposé d’amnistier les militaires qui la rallieraient.

L’armée est d’autant plus courtisée qu’elle contrôle l’essentiel de l’économie, et d’abord le pétrole, qui représente 96 % des exportations du pays. Contrôlant les frontières, elle prend aussi sa part sur tous les trafics avec les pays voisins. Pour l’heure, elle juge encore profitable de soutenir le régime chaviste. Mais la menace d’un blocus économique nord-américain pourrait faire changer d’avis ses cadres.

Padrino a aussi déclaré : « Le diable est dans les casernes. » Car la situation des hauts gradés, qui prospèrent encore avec Maduro, n’a rien de comparable avec celle des hommes du rang soumis, eux et leurs familles, aux mêmes difficultés que la population. Le FMI a calculé que l’inflation, qui atteint déjà un million de pour-cent, pourrait décupler en 2019 ! Ce n’est pas pour rien que trois millions de personnes ont quitté le pays, que des travailleurs exigent l’indexation des salaires sur les prix et que des militaires désertent.

Et une partie de ceux qui avaient apprécié la politique chaviste de redistribution de la rente pétrolière vers les classes populaires se détournent maintenant du régime, du fait des extrêmes difficultés dans lesquelles il se débat depuis la chute du prix du pétrole. Certains imaginent que le retour de la droite peut les sauver. C’est une illusion, car cela signifierait revenir à l’époque où la bourgeoisie et ses proches accaparaient la rente pétrolière.

L’opposition reproche aux chavistes de ne pas être sortis de l’économie de rente, de ne pas avoir diversifié l’industrie et d’avoir vécu au-dessus de leurs moyens quand les cours du pétrole flambaient. Mais les chavistes n’ont pas inventé la politique de rente, ils en ont hérité. Si Chavez était resté un obscur officier et si la droite et la gauche politiciennes avaient continué de gouverner, elles se seraient retrouvées dans une situation voisine dès lors que le cours du pétrole aurait chuté.

La crise qui frappe le Venezuela est d’abord celle du système capitaliste qui spécule sur tout, entre autres sur les matières premières. À cela les chavistes n’ont jamais cherché à s’attaquer. Et quand ils étaient en position de force, ils se sont satisfaits d’un statu quo avec la bourgeoisie.

Dans le passé, les travailleurs et les classes populaires se sont mobilisés pour empêcher les politiciens les plus liés à la bourgeoisie de reprendre le pouvoir, comme lors des deux tentatives de coup d’État de 2002. Cette mobilisation avait sauvé la mise du gouvernement chaviste et lui avait permis de prendre le contrôle du secteur pétrolier. Les travailleurs ont toujours la force d’empêcher le retour du fatras politicien dont le discrédit avait ouvert la voie à Chavez il y a vingt ans, mais aussi d’imposer au régime les exigences du monde du travail, indispensables à sa survie.

Jacques FONTENOY