Abattoir du Boischaut : l’hypocrisie des responsables

07 Novembre 2018

Après la diffusion, le 3 novembre, par l’association L 214, d’une vidéo tournée clandestinement à l’abattoir du Boischaut dans l’Indre, le ministre de l’Agriculture a dénoncé des « actes inexcusables » et fait fermer l’établissement pour trois mois.

Le président de la communauté de communes (CDC) de La Châtre-Sainte-Sévère, propriétaire de l’établissement depuis 2014, a aussi déclaré qu’il « ne s’attendait pas à ces images ». Les uns comme les autres mentent en essayant de faire croire qu’ils n’étaient pas au courant de la situation.

En effet, il y a plus de deux ans et demi un rapport de ce même ministère de l’Agriculture avait déjà relevé les méthodes scandaleuses pratiquées dans cet abattoir : l’utilisation de gabarits inadaptés pour contenir les animaux de petite taille, que les opérateurs finissent donc par attraper à la main comme ils le peuvent, la saignée sans vérification suffisante que les animaux sont bien étourdis, le mauvais réglage de certains dispositifs d’étourdissement, le non-respect de certaines règles d’hygiène…

Malgré cela, depuis le rachat de l’abattoir, ses responsables n’ont pas hésité à se vanter dans la presse locale et sur Internet d’accorder une importance particulière au bien-être animal, mettant d’ailleurs en avant une certification bio censée garantir un meilleur traitement des bêtes abattues. En réalité, ils ont laissé perdurer des pratiques choquantes, même après avoir été épinglés par les services vétérinaires car leur principal objectif était d’augmenter la rentabilité.

À présent, le président de la CDC suggère que le problème viendrait d’un défaut de respect du protocole, en d’autres termes que ce serait la faute des ouvriers, accusés à demi-mots de cruauté envers les animaux. Mais comment pourraient-ils travailler correctement, sous la pression de leur direction pour assurer la production malgré le mauvais équipement et la mauvaise organisation de l’abattoir ?

Cet argument de patron est utilisé régulièrement quand d’autres faits similaires sont dénoncés, alors qu’ils sont légion dans les abattoirs, pour les mêmes raisons qu’à Boischaut. En avril 2016, suite à la publication de vidéos montrant des animaux maltraités, le ministère avait ordonné un audit général des abattoirs en France. Seuls 20 % des établissements avaient alors reçu un avis totalement conforme.

Les responsables politiques brandissent l’objectif du bien-être animal en cas de scandale public. Mais ils se gardent de mettre en cause les objectifs de rentabilité auxquels obéissent les abattoirs. Les ouvriers qu’ils exploitent en sont victimes et cela se traduit, pour eux, par des conditions de travail pénibles et de maigres salaires.

Dans cette logique du profit, le respect des animaux et des hommes qui y travaillent ne pèse pas lourd.

Claire DUNOIS