Libye : mourir pour Total et Eni

05 Septembre 2018

Depuis la fin du mois d’août, les deux clans principaux qui se disputent le pouvoir en Libye s’affrontent les armes à la main dans la capitale, Tripoli.

Les gouvernements français, américain, britannique et italien ont publié un communiqué commun, déplorant la situation, apportant leur soutien au gouvernement reconnu par l’ONU et demandant aux milices d’arrêter les combats en vue d’une solution démocratique.

On a beau être habitué aux mensonges éhontés des diplomates impérialistes, ce communiqué est un sommet du genre colonial. Qui d’autre en effet que les puissances impérialistes ont détruit l’État libyen en 2011, bombardé les villes et villages, anéanti les infrastructures, armé les milices, mis en place les chefs qui se disputent aujourd’hui dépouilles et richesses, exécuté le dictateur Khadafi pour lui fermer définitivement la bouche ? Qui est responsable du chaos, si ce n’est les manœuvres des armées et des diplomaties française, américaine, britannique et italienne ?

De plus, ce chœur des vierges démocratiques cache à peine de féroces oppositions. Les ministres italiens de la Défense et de l’Intérieur ont désigné la France comme responsable au premier chef de la situation. C’est au moins la moitié de la vérité.

Pour son malheur la Libye est riche en gaz et en pétrole. Total, soutenu évidemment par les services français, a repris en mars 2018 des parts dans un champ libyen. Cette région, le croissant pétrolier, est depuis passée sous le contrôle d’une des milices en présence, celle du général Haftar, ami de la France et ennemi du pouvoir central dont il voudrait prendre la place. Les choses sont bien faites…

Le pétrolier et gazier italien Eni, de son côté, traite avec la compagnie nationale libyenne, sise à Tripoli et contrôlée par ce même gouvernement central. Inutile de préciser que l’Italie apporte tout son soutien à ce gouvernement et se désole de voir le général Haftar s’emparer des installations portuaires et pétrolières avec le soutien plus ou moins discret de la France.

La situation a sa logique et les diverses milices en viennent aux mains, la guerre de clans s’enflamme, la population vit dans la terreur. Ce qui n’empêche jamais les puissances, tout en soutenant, finançant et armant leurs poulains, tout en poussant les intérêts de leur pétrolier national, de publier un communiqué larmoyant, plein des phrases démocratiques qu’elles resservent depuis un siècle.

Paul GALOIS