Gouvernement-syndicats : le retour du bla-bla social ?

18 Juillet 2018

Mardi 17 juillet, Macron a reçu les dirigeants patronaux et syndicaux. Officiellement, il s’agissait de leur faire part du calendrier des nouvelles réformes – comprenez : attaques contre les travailleurs – prévues dès le mois de septembre.

Officieusement, il s’agissait de montrer aux responsables des syndicats de salariés que le gouvernement allait un peu plus les associer à ses initiatives.

Depuis son élection, Macron a voulu montrer qu’il pouvait gouverner et faire passer toutes ses attaques contre les travailleurs sans même avoir à amadouer un ou plusieurs représentants syndicaux. Pour imposer la réforme ferroviaire, sa dernière offensive en date contre les cheminots, Macron a même rejeté les mains tendues de certains d’entre eux : comme celle de Laurent Berger de la CFDT, qui ne demandait pourtant au gouvernement que bien peu de choses pour se désolidariser de la grève. Mais, même cela, Macron ne l’a pas cédé, préférant jouer à l’homme fort, celui qui défiait les cheminots, dont la réputation est d’être des travailleurs qui ne se laissent pas faire et capables de se lancer dans des grèves dures et longues.

Or, à la rentrée, le programme de Macron comporte de s’en prendre aux retraites ouvrières, à l’assurance chômage, et aussi un plan pauvreté contenant encore d’autres mesures contre les couches populaires. Cette fois, il pourrait essayer de mettre de son côté une ou deux confédérations syndicales avant d’entamer le bras de fer avec les autres et avec les travailleurs.

Les dirigeants de la CFDT et de FO ne demandent rien d’autre et ils l’ont redit. « Trop souvent vous voulez passer seul et ce n’est pas bon (…) pour la qualité des réformes souhaitées », aurait dit Laurent Berger pendant la rencontre. « La politique du “je marche seul” menée depuis un an par le président sur le social, c’est un zéro pointé », a dit Pascal Pavageau, le nouveau secrétaire général de FO. Ces responsables syndicaux voudraient que Macron les laisse jouer leur rôle d’avocats des travailleurs, même s’il s’agit d’avocats qui ne signent que des reculs. Même Philippe Martinez de la CGT n’envisage pas fondamentalement une attitude différente. Lui aussi a déclaré qu’il attendait de Macron qu’il « change de politique sociale ». Autant croire au père Noël, car cette politique est celle du patronat et ce dernier n’est pas prêt à la moindre concession.

En réalité, la grève à la SNCF, à cause de sa durée, de la détermination dont ont fait preuve les cheminots et de la large sympathie qu’elle a eue dans l’opinion publique ouvrière, amène certainement Macron à en rabattre sur son attitude arrogante et à chercher des appuis du côté des directions syndicales. Mais, que Macron joue à l’homme fort ou à l’homme de dialogue, comme le réclament les dirigeants syndicaux, cela ne changera rien. Aux travailleurs de ne pas se laisser tromper par ce genre de manœuvre cousue de fil blanc.

Pierre ROYAN