Le 80 km/h : des accidents et de leurs causes

04 Juillet 2018

Depuis le 1er juillet, la limitation de vitesse à 80 km/h est entrée en vigueur sur une grande partie du réseau routier secondaire, pour les routes à double sens sans séparateur central. Le but de cette mesure, telle qu’elle a été présentée par le gouvernement, est de faire baisser la mortalité sur ce type de routes qui cumulent à elles seules 30 % des accidents mortels.

Selon les simples lois de la physique, il est évident qu’en roulant moins vite, d’une part on diminue la distance de freinage, ce qui peut permettre d’éviter l’accident, et d’autre part, en cas de choc, les conséquences sont moins graves. Mais cela n’empêche pas des obsédés de la vitesse ainsi que des associations d’automobilistes de contester ces données et de pousser des hauts cris parce qu’on leur ôterait du « temps de vie sociale » ! Cependant, nombre de critiques, plus justifiées, proviennent de travailleurs qui empruntent quotidiennement ces routes et craignent de devoir passer encore plus de temps en trajet, ainsi que de collectivités locales qui s’inquiètent de la facture à payer dans les changements de panneaux.

La vitesse, tout comme la consommation d’alcool ou de drogues, l’agressivité, qui dépendent de la responsabilité individuelle du conducteur, jouent certes un rôle important dans le nombre d’accidents de la route. Mais elles n’en sont pas les seules causes. Le mauvais état de certaines petites routes que les collectivités locales n’arrivent plus à entretenir comme il le faudrait faute de crédits ; la fermeture de lignes secondaires de trains et l’absence de transports qui obligent les habitants des zones rurales à rouler en voiture pour leurs moindres déplacements, la prolifération de poids lourds malgré toutes les promesses – non tenues – de développer le transport ferroviaire pour les marchandises, tous ces facteurs sont de la responsabilité de l’État. C’est lui qui se désengage des services publics de transport, coupe les crédits indispensables au bon maintien des routes, tout en favorisant leur utilisation, au détriment des transports ferroviaires, y compris avec les bus Macron, et en créant de ce fait des encombrements dangereux.

Même dans la conduite des automobilistes, la responsabilité de l’État est engagée, dont le souci n’est pas de donner une éducation sociale aux jeunes dès leur enfance, mais qui, au contraire, encourage l’individualisme le plus agressif présenté comme un modèle de réussite.

En voulant abaisser la vitesse à 80 km/h, Macron veut se donner l’image d’un président soucieux de la sécurité de tous, décidé à faire front aux oppositions que suscite cette mesure. Mais en ôtant la plupart des moyens susceptibles de faire baisser le nombre de victimes de la route, il fait plutôt figure d’hypocrite.

Marianne LAMIRAL