Réforme du bac : moins de moyens et plus d’inégalités

21 Février 2018

Le ministre de l’Éducation nationale a présenté mercredi 14 février à l’Assemblée nationale sa réforme du baccalauréat.

Cette réforme instaurerait le contrôle continu pour 40 % de la note et réduirait à cinq le nombre d’épreuves à passer : une épreuve de français en première, deux épreuves de spécialités choisies par les candidats, une épreuve de philosophie et un oral de vingt minutes. Le ministre prétend ainsi œuvrer pour plus d’égalité et plus de réussite. Cela, c’est pour la galerie car cette réforme, comme toutes celles qui touchent l’Éducation nationale ces dernières années, vise à supprimer des postes d’enseignants et des moyens indispensables, en particulier dans les quartiers populaires. À terme, elle va accroître les inégalités dans l’éducation.

Selon le ministre, le contrôle continu éviterait de pénaliser les élèves stressés par l’examen. Il servirait à valoriser les élèves qui travaillent toute l’année. Mais tout le monde sait que sortir du lycée Henri IV à Paris, ou d’un lycée de Seine-Saint-Denis n’est pas reconnu de la même façon pour la poursuite des études. Le contrôle continu risque donc de n’avoir pas la même valeur pour tous.

Mais surtout, dans la nouvelle mouture présentée par le ministre, sous prétexte de laisser le choix aux candidats, de nombreuses matières disparaissent. En seconde, le projet n’évoque plus du tout les options ou les enseignements d’exploration comme le théâtre ou les sciences économiques, la danse, le créole. Et c’est encore plus vrai en première et en terminale, puisque le candidat devra choisir, dès la première, deux disciplines de spécialité.

En principe les élèves pourront combiner ces deux disciplines comme ils le souhaitent. Mais rien ne certifie que tous les lycées bénéficieront de toutes celles proposées, et on peut craindre que des lycées de banlieue n’aient pas la même richesse de choix que des lycées de centre-ville.

D’autre part, les mathématiques ne sont plus un enseignement obligatoire et deviennent une discipline de spécialité. Pour que l’enseignement scientifique ne disparaisse pas complètement, elles sont remplacées par des humanités numériques et scientifiques. Là encore, on pourrait penser que ce libre choix va permettre de lutter contre les discriminations à l’école, les mathématiques représentant aujourd’hui la matière de sélection par excellence. Mais les familles les plus aisées auront vite fait de choisir cette matière, les élèves en difficulté dans cette matière renonceront aussi plus facilement. Dans une société déjà inégalitaire, ce libre choix n’en n’est pas un.

Ce projet, sans le dire, supprime donc bien des moyens. Les parents de milieux aisés n’auront aucune difficulté à faire pratiquer des langues rares à leurs enfants, à leur offrir des cours de danse ou de théâtre ; en revanche, dans les familles populaires, la disparition de ces matières, comme le choix précoce de matières au dépens d’autres, aggraveront encore les inégalités dans la poursuite des études.

A.U.