Lactalis : fabricant de lait en poudre… et de salmonelles

21 Février 2018

L’affaire du lait en poudre contaminé à la salmonelle chez Lactalis va de rebondissement en rebondissement. Les révélations vont toutes dans le même sens : l’irresponsabilité totale des dirigeants de Lactalis dans l’organisation des conditions de production et de protection sanitaire du lait pour nourrissons.

Dans son édition du 14 février, le quotidien Le Parisien a publié le témoignage d’une ouvrière qui a travaillé pendant plusieurs mois en intérim sur la chaîne de production de l’usine de Craon. Elle dénonçait le manque de formation des intérimaires, nombreux sur la chaîne, et les problèmes récurrents d’hygiène dans les ateliers. Elle citait par exemple l’utilisation d’une même balayette pour enlever les résidus de poudre de lait dans les tuyaux des machines et sur le sol.

C’est sur du carrelage au sol qu’une trace de salmonelle a été détectée en août 2017, puis sur un balai en septembre. La direction de Lactalis s’est limitée alors à procéder à une décontamination locale sans l’étendre aux produits, déclarant que la législation n’impose de décontaminer la chaîne de fabrication qu’en cas de tests positifs sur les produits. La responsabilité des dirigeants de l’entreprise est donc bien engagée.

Mais celle de l’État l’est aussi, pour le moins complaisant à l’égard de la famille Besnier, propriétaire de Lactalis, et qui dépense bien plus d’énergie à réduire les effectifs de ses services départementaux du contrôle sanitaire qu’à veiller à ce que les règles élémentaires de sécurité sanitaire garantissent la santé des bébés.

Pire, on apprend maintenant, après une audition du directeur général de l’alimentation qui dépend du ministère de l’Agriculture, que des salmonelles de la même souche que celles détectées en 2005 « avaient été trouvées en 2009, 2014, une sur des produits en 2011, et d’autres sérotypes en 2013 et 2014 ». Autrement dit, des salmonelles ont bien été détectées sur des produits, contrairement à ce que le PDG a déclaré à plusieurs reprises dans la presse. Mais l’État, qui était au courant, a laissé… courir.

Si on ajoute à cela que la grande distribution, de son côté, a continué à vendre des boîtes de lait malgré les consignes officielles de retrait et que, chez Carrefour et Auchan, on a même remis en rayon des boîtes rapportées par des clients, on ne peut que constater combien la négligence et l’irresponsabilité sont bien partagées dans cette chaîne de profiteurs et de complices des profiteurs.

Philippe Logier