Jeux Olympiques : Paris 2024, au bonheur des patrons

13 Septembre 2017

Des cocoricos ont accueilli l’obtention par Paris des Jeux Olympiques de 2024. Droite et gauche confondues se réjouissent de cette future « grande fête populaire ».

Revenons en arrière : après plusieurs échecs (pour les éditions de 1992, 2008 et 2012), Paris n’a cette fois-ci guère eu de difficulté à obtenir les JO. En effet, la plupart des villes candidates (Hambourg, Rome, Budapest, Boston) se sont retirées sous la pression de leurs populations inquiètes du coût des JO. Le Comité international olympique (CIO) a donc été soulagé que deux grandes villes, Paris et Los Angeles, maintiennent leur candidature. D’où la double attribution pour Paris en 2024 et Los Angeles en 2028, une pratique inédite adoptée par le CIO qui redoutait qu’aucune ville ne se porte candidate pour 2028.

La raison de cette pénurie de villes candidates est simple : depuis trente ans, les Olympiades coûtent des sommes faramineuses, toujours largement supérieures aux budgets initiaux : 9 milliards d’euros à Barcelone (1992), Athènes (2004) ou Rio de Janeiro (2016) ; 11 milliards à Londres (2012) ; 31 milliards à Pékin en 2008, soit douze fois le budget annoncé. En Grèce, les JO ont contribué à creuser la dette du pays. Au Brésil, ils ont mené l’État de Rio à la banqueroute. Dans un cas comme dans l’autre, les infrastructures créées pour l’événement sont ensuite largement à l’abandon ; ce sont les plus pauvres qui paient la note, et pour longtemps encore.

Pour Paris 2024, le budget prévisionnel est de 6,8 milliards d’euros, soit déjà une hausse de 600 millions en un an, avant le premier coup de pioche. La construction d’équipements sportifs, notamment une grande piscine en Seine-Saint-Denis, est présentée comme bénéficiant aussi à la population. Mais, s’il s’agissait de favoriser la pratique sportive, ces sommes colossales seraient autrement mieux utilisées à construire et rénover de nombreux équipements sportifs de proximité tels que piscines, stades, parcs, gymnases, dont les quartiers populaires manquent souvent. Ces sommes pourraient également servir à financer la pratique sportive ; par exemple, en Seine-Saint-Denis, la moitié des jeunes ne savent pas nager, là aussi faute de moyens. Quant aux grandes infrastructures bâties pour les JO, en général, elles ne peuvent être réutilisées : à Rio, l’ex-village olympique reste quasi vide ; et à Londres, il est en grande partie inoccupé.

En réalité, les seuls qui ont des raisons de se réjouir sont ceux qui profiteront réellement de la gigantesque machine à cash des JO : les entreprises de l’audiovisuel, les sponsors officiels, les équipementiers de sport, le bâtiment et les travaux publics, les firmes de la sécurité, ou encore les chaînes de l’hôtellerie et de la restauration. Voilà ce qui explique les hourras patriotards du grand patronat, des politiciens et des journalistes à sa solde.

Michel BONDELET