Allemagne : une campagne loin des intérêts des travailleurs

13 Septembre 2017

Le 24 septembre, auront lieu en Allemagne les élections législatives. Depuis des mois, les sondages prévoient un large succès de la CDU/CSU, le parti de la chancelière Angela Merkel qui serait alors en route pour un quatrième mandat.

Le candidat social-démocrate, Martin Schulz du SPD, plafonne à une quinzaine de points derrière Merkel. Mais ce qui est frappant, c’est à quel point les programmes et thématiques des grands partis sont proches. Qu’il s’agisse de politique internationale ou nationale, de l’âge de la retraite (déjà porté à 67 ans par les deux partis ensemble) ou de la sécurité qu’il s’agirait de renforcer, de la politique vis-à-vis des réfugiés, le SPD a bien du mal à trouver quelques détails qui lui permettraient de se différencier de la chancelière. Même dans leur absence d’intérêt pour les problèmes et préoccupations des classes populaires, les deux partis ne font pas semblant de se distinguer.

D’ailleurs, toutes les combinaisons de gouvernement semblent possibles : en fonction des résultats, la CDU de Merkel pourrait, soit gouverner uniquement avec le Parti libéral FDP, soit avec le FDP et les Verts, soit reconduire une grande coalition avec le SPD. Cela montre aussi combien ces partis sont compatibles et cela contribue peut-être au manque d’intérêt de l’électorat populaire.

Dans ce contexte, le principal argument des partisans de Merkel est son image rassurante, l’idée qu’elle serait garante d’une stabilité, ajouté au leitmotiv selon lequel, en Allemagne, cela irait quand même mieux que dans la plupart des autres pays. Pour ces raisons, un certain nombre d’électeurs traditionnels du SPD, y compris des milieux populaires, pensent voter cette fois pour Angela Merkel.

L’argument qu’ils retiennent est en particulier celui de la stabilité. Mais quelle stabilité peut-il y avoir en ce monde ? Alors qu’en Allemagne aussi les multinationales licencient et ferment des usines, que la spéculation menace toute l’économie d’un nouveau krach boursier ou financier ? Quelle stabilité, alors que des dirigeants aussi imprévisibles que Trump sont aux commandes, tandis que personne n’aurait imaginé, par exemple, une dégradation aussi radicale des relations que celle qui s’est produite entre l’Allemagne et la Turquie ? Dans le monde capitaliste, la stabilité est une chimère, encore moins crédible depuis la crise.

Quant à l’idée constamment répétée par les politiciens et les médias selon laquelle l’Allemagne va bien, de quelle Allemagne parlent-ils ? Est-ce celle des travailleurs déjà usés contraints de s’échiner dans les ateliers jusqu’à l’âge de 67 ans, pour toucher ensuite une retraite proche du seuil de pauvreté ? Ou est-ce celle des retraités obligés de continuer à travailler parfois jusqu’à 74 ans, tellement les retraites sont minables ? N’en déplaise à Mélenchon, en Allemagne 17 % des retraités sont pauvres.

L’Allemagne dont ils parlent n’est pas non plus celle des ouvriers qui galèrent de CDD en contrat intérimaire jusqu’au prochain temps partiel. Combien sont-ils aujourd’hui à devoir cumuler deux ou trois boulots pour vivre ? L’Allemagne qui va bien n’est pas non plus celle des mères célibataires ou des 2,5 millions d’ouvriers qui doivent demander HartzIV, l’équivalent du RSA, pour compléter des salaires misérables.

Sur tous ces sujets, les partis gouvernementaux n’ont naturellement rien à dire, rien à proposer. Seule Die Linke (La gauche), le parti issu de la gauche social-démocrate et de l’ancien Parti communiste d’Allemagne, tient un langage un peu différent, mais elle non plus n’a aucune issue à proposer à la classe ouvrière. Sa seule perspective serait de gouverner en appui du SPD, comme elle le fait à l’échelle de Länder (régions), en y imposant la même austérité que les autres gouvernements régionaux.

Une chose est sûre : pour les classes populaires, le changement ne viendra pas de ces élections.

Alice MORGEN