Propagande électorale : l’État se défausse de ses responsabilités

14 Juin 2017

Plus que lors d’élections précédentes, la distribution du matériel électoral des candidats aux législatives a connu des dysfonctionnements. Une quinzaine de départements auraient été plus particulièrement touchés.

Professions de foi et bulletins de vote non parvenus aux électeurs, ou alors au tout dernier moment, à la veille du scrutin, le prestataire chargé d’approvisionner les préfectures étant débordé ; plis incomplets, les préfectures n’ayant pas toujours donné le nombre voulu d’exemplaires à fournir ; la profession de foi d’un candidat se présentant parfois à l’autre bout du pays dans les boîtes à lettres, etc. : tous les cas de figure se sont trouvés réunis, y compris parfois l’absence, dans les bureaux de vote, des bulletins de tel ou tel candidat.

Alors que le rôle des services de l’État est d’organiser au mieux les scrutins, les préfectures s’en défaussent sur des prestataires privés, avec les conséquences que l’on voit. Quand une réclamation était faite, il leur était facile de rejeter la responsabilité sur ces derniers, qui n’auraient pas bien fait leur travail. Elles conseillaient alors d’aller consulter le site e-propagande, comme si chacun avait tout loisir de recourir à Internet !

Le précédent gouvernement avait déjà fait une tentative de supprimer l’impression papier des professions de foi et de ne garder que la forme informatique, par souci d’économies, s’était-il justifié. Il avait dû reculer devant le tollé suscité par cette proposition. La démocratie, dont tous ces politiciens se revendiquent pourtant, voudrait que chacun soit traité à égalité avec son voisin, et la distribution dans les boîtes aux lettres en est encore le meilleur moyen. Tout le monde n’a pas accès à Internet, et tout le monde n’est pas non plus à l’aise avec son fonctionnement.

Il est à craindre que la pagaille de cette année ne serve de prétexte pour supprimer l’envoi des professions de foi, invoquant une fois de plus le fait que tout le monde ne les reçoit pas… surtout quand l’État traite leur distribution par-dessus la jambe. Elle reste pourtant la seule garantie, pour les petits partis qui n’ont qu’un accès très restreint aux grands médias, de pouvoir exposer leur programme à chaque électeur.

Marianne LAMIRAL