Tchad : massacre couvert par l’impérialisme français

26 Octobre 2022

Cinquante morts et plus de 300 blessés, tel est le bilan officiel, largement minoré, de la répression des manifestations qui ont eu lieu jeudi 20 octobre au Tchad.

Les partis d’opposition avaient appelé ce jour-là à protester dans la rue contre le maintien au pouvoir de Mahamat Idriss Deby Itno, le fils du précédent dictateur, et le report à une date indéterminée des élections initialement prévues avant la fin octobre.

Mahamat Deby s’est propulsé au pouvoir à la tête d’une junte militaire à la mort de son père en avril 2021. Pendant des mois il a joué le cinéma d’un « dialogue national inclusif et souverain », qui devait théoriquement accoucher d’une nouvelle Constitution. Un certain nombre de partis d’opposition et de groupes armés rebelles y ont vu une occasion d’accéder à la mangeoire gouvernementale. Mais d’autres, comme la principale plateforme d’opposition Wakid Tama, ont flairé là un piège destiné à couvrir le maintien au pouvoir des militaires. Ce sont eux qui ont appelé aux manifestations.

L’accession au pouvoir de Mahamat Deby avait été largement saluée par Emmanuel Macron, qui avait fait mine de prêter crédit à ses promesse de rendre le pouvoir aux civils. Le président français s’était rendu aux obsèques d’Idriss Deby père pour introniser son fils. Après s’être incliné devant la dépouille de ce dictateur sanglant, il avait déclaré : « La France ne laissera personne remettre en question l’intégrité et la stabilité du Tchad. »

Cette stabilité rime aujourd’hui avec un massacre sanglant, mais peu importe aux dirigeants français. En effet, depuis des dizaines d’années, les dictateurs du Tchad ont été la clef de voûte, sur le plan militaire, de l’influence française dans la région. La soldatesque qui compose l’armée tchadienne a été appelée à l’aide par Paris au Mali comme en Centrafrique. Elle s’y est livrée contre les habitants à des violences qui n’ont d’égal que celles qu’elle exerce au Tchad même contre la population. Le clan de la famille Déby s’est maintenu depuis des dizaines d’année au pouvoir grâce à l’aide de la France. Celle-ci est intervenue plusieurs fois militairement pour lui sauver la mise et conserve une base à N’Djamena, la capitale. Sa famille et ses obligés s’enrichissent en détournant les maigres richesses du pays, notamment la rente pétrolière.

Paris a ses bons et ses mauvais putschistes au Sahel. Ceux du Mali, qui ont forcé les troupes françaises à décamper, sont accusés des pires maux, tandis que ceux du Tchad ont droit à toutes les indulgences. La « démocratie » dont se gargarise Macron n’a rien à voir là-dedans, seuls comptent les intérêts de l’impérialisme français.

Daniel MESCLA