Gaz liquéfié : profit solidifié

26 Octobre 2022

Le premier bateau de croisière propulsé au gaz naturel liquéfié (GNL) construit en France a été lancé aux chantiers de Saint-Nazaire le 24 octobre. Trois autres doivent suivre et l’armateur, MSC, se targue de faire ainsi naviguer les navires les moins polluants du monde.

En termes de pollution, l’avantage du GNL par rapport au fioul est discutable et discuté. Mais en termes de financement de navires neufs son avantage est évident : l’Union européenne en général et chaque État en particulier, non contents de financer les installations portuaires de ravitaillement en GNL, ont subventionné la construction de navires utilisant ce combustible. Les grands ­armateurs – MSC est désormais le premier mondial – se sont jetés sur l’occasion pour financer la modernisation de leurs flottes.

MSC, Mediterrean Shipping Company, est la propriété exclusive de la famille Aponte. Ce groupe, qui refuse de publier ses résultats, et cette famille jusque-là fort discrète viennent d’avoir les honneurs de la presse suisse, leur pays de résidence. Les Aponte seraient désormais la famille la plus riche de Suisse et, à la tête de cent milliards d’euros, pas loin du sommet du classement mondial. Comme celle des autres armateurs de haut vol, leur richesse a explosé à l’occasion de la crise du Covid et du monopole de fait sur le transport maritime international.

Pendant la crise, grâce à une entente bien comprise avec ses pseudo-concurrents Maersk et CMA-CGM, MSC a pu profiter de prix de transport de conteneurs multipliés par dix sur les lignes océaniques. Et c’est ainsi que la famille Aponte a pu acquérir en deux ans les affaires africaines de Bolloré, une compagnie d’avions cargos de dimension mondiale, le quasi-monopole du remorquage en Méditerranée, une troisième place mondiale dans cette activité et quelques babioles de moindre importance, tout en amassant un confortable pécule pour ses vieux jours et ses jeunes héritiers.

Cette bonne fortune familiale ne doit certainement pas tout au fait qu’un cousin, un certain Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée, se trouve être le bras droit de Macron. Mais ça ne peut pas nuire.

Paul GALOIS