Déserts médicaux : les oasis du profit

26 Octobre 2022

En France, au moins six millions de personnes n’ont pas de médecin traitant, les délais d’attente avant un rendez-vous s’allongent (jusqu’à six mois pour consulter un ophtalmologiste), plus de 30 % de la population vit dans un désert médical.

La désertification progresse, avec ses disparités entre d’un côté les régions comme la Côte-d’Azur, et de l’autre les campagnes et les banlieues des grandes villes. Derrière tous ces chiffres, il y a des malades qui ne se soignent pas ou ne se soignent plus.

Voilà des années qu’on parle de pénurie de médecins et de désertification. C’est en partie l’effet du numerus clausus, la fixation d’un quota limitant chaque année le nombre d’étudiants admis à passer de première en deuxième année d’études de médecine. Instauré il y a cinquante ans, l’objectif était alors, déjà, de limiter les dépenses de santé. C’était aussi à la demande de l’Ordre des médecins. En effet, depuis le début des années 1960, l’accès aux études médicales se démocratisant, le nombre d’étudiants augmentait. Le numerus clausus arriva à point pour limiter la concurrence, préserver les revenus des médecins installés.

Depuis, d’année en année, le numerus clausus a abouti à la situation actuelle. Certes, depuis la rentrée 2021, il est supprimé, mais pas totalement puisque les facultés se réservent le droit de fixer le nombre de leurs étudiants. De toute manière, comme il faut dix ans pour former un médecin, ses effets continuent et continueront donc à se faire sentir.

Depuis des années, nombre de mesures incitatives ont été proposées aux jeunes médecins, telles que les aides à l’installation, la mise à disposition de locaux, la garantie de rémunération. Aujourd’hui, à l’occasion de la discussion du PLFSS (Projet de loi de financement de la Sécurité sociale), on est passé au coercitif. Des députés ont suggéré de restreindre le conventionnement des jeunes médecins qui voudraient s’installer dans des régions déjà bien pourvues en médecins ; d’autres ont proposé d’allonger les études d’internat de médecine générale d’une année, pendant laquelle les futurs médecins seraient incités à s’installer dans les territoires désertifiés.

Il est vrai que les étudiants en médecine bénéficient pendant toutes leurs études de l’hôpital public, de ses infrastructures, de ses professeurs payés par l’État, bref de la collectivité. Il n’y aurait rien d’anormal à ce qu’ils lui offrent en retour le fruit des connaissances acquises en s’installant, au moins pendant quelques années, comme médecin dans les territoires où il en manque le plus.

Mais ce n’est pas le seul remède. Bien d’autres facteurs interviennent pour créer ces déserts médicaux. La médecine est de plus en plus soumise à la loi du marché. C’est en effet au titre de la rentabilité financière que des hôpitaux et des maternités disparaissent dans de nombreuses régions, comme disparaissent tous les services publics.

Sur toutes ces questions, ni le gouvernement ni les députés ne feront rien pour mobiliser des moyens afin de permettre à la population d’avoir accès aux soins.

Sophie GARGAN