Russie-Ukraine : la guerre s’installe dans la durée

07 Septembre 2022

Le président Biden vient de demander au Congrès américain qu’il accorde une nouvelle aide d’urgence de 13,7 milliards de dollars à l’Ukraine. Commentant la nouvelle, le quotidien ukrainien Den estime que « Kiev pourra ainsi continuer à se défendre » contre l’armée russe « dans une perspective de long terme ».

Car cette somme équivaut pratiquement à tout ce que Washington a déjà versé à Kiev depuis six mois que Poutine a lancé ses troupes sur l’Ukraine. Bien placé pour le savoir, Biden a donc pu dire récemment que le conflit entre la Russie et l’Ukraine allait durer. Une idée que reprennent ses généraux et ses alliés européens.

Le gouvernement américain a pris des mesures en ce sens. Il a notamment réduit ce qu’il prélevait sur ses stocks d’armes pour approvisionner l’armée de ­Zelensky, auquel il demande de passer commande directement aux industriels américains de l’armement.

Car on n’en est plus à l’époque où, pour entraîner leur opinion publique sur ce terrain, Washington et ses alliés présentaient l’Ukraine comme ne pouvant se défendre sans qu’on lui donne des armes. L’OTAN et les États-Unis annoncent crûment qu’il ne s’agit plus de sauver l’Ukraine pour protéger la paix, comme ils le prétendaient au début, mais d’installer ce conflit dans la durée.

Ainsi le système de domination du monde par l’impérialisme s’accommode d’un conflit israélo-palestinien qui dure depuis trois quarts de siècle sans aucune perspective de règlement. L’impérialisme arme Israël pour qu’il fasse régner son ordre dans la région, ce qui présente aussi l’avantage pour les dirigeants américains de ne pas avoir à assumer devant l’opinion un lourd bilan de « boys » tués et blessés au combat, comme lors de la guerre du Vietnam.

En attaquant l’Ukraine en février dernier, Poutine escomptait sans doute un effondrement rapide du régime de Zelensky. Non seulement il s’est lourdement trompé, mais il a fourni là l’occasion aux puissances occidentales, États-Unis en tête, d’enfoncer la Russie dans un conflit sans issue. Et dans cette guerre que l’Occident impérialiste conçoit comme une occasion d’affaiblir militairement et économiquement la Russie, celui-ci se bat avec la peau des autres, car ceux qui tombent sont des Ukrainiens (et des Russes), pas des GI’s, ni des soldats ouest-européens.

Certes, le président ukrainien dit qu’il « faut que l’Union européenne poursuive ses livraisons d’armes ». Outre étoffer son arsenal, cherche-t-il à ne pas se retrouver seul face à son principal bailleur d’armes et premier producteur mondial en ce domaine, les États-Unis ? Force est de constater que ­Washington veut obliger Kiev à emprunter auprès de ses banques pour acheter des équipements militaires à ses fabricants et marchands d’armes.

C’est la rançon de la dépendance militaire, financière et politique de Kiev à l’égard de Washington, qui a débuté bien avant cette guerre. Et quel que soit le talent de communicant de Zelensky, cet acteur devenu président que des oligarques ukrainiens avaient propulsé sur le devant de la scène en 2019, il est devenu l’instrument de la politique américaine dans cette région de l’Europe.

Le fait que l’Union européenne (UE) vienne de débloquer une tranche d’aide à l’Ukraine n’y change rien. Cette guerre sert à l’Occident pour affaiblir la Russie, en tant que grande puissance, mais pas seulement. Elle fournit aussi aux États-Unis l’occasion et les moyens d’affaiblir leurs alliés mais aussi concurrents européens dans un cadre de crise. Les sanctions contre la Russie affectent aussi l’Europe, et notamment l’Allemagne dont l’industrie, dépendante du gaz russe, est le moteur économique. Outre affaiblir l’économie européenne, cela permet aux États-Unis de lui vendre davantage de pétrole et de gaz liquéfié. À côté d’une UE tiraillée entre des intérêts d’États rivaux, l’État américain apparaît aux voisins immédiats de la Russie comme un rempart et un fournisseur d’armes sûr face au Kremlin.

Dans un contexte où les budgets militaires des États explosent partout, la guerre en Ukraine a donné un énorme coup d’accélérateur aux affaires des industriels de l’armement, et à leurs profits, aux États-Unis, en Allemagne, en France, en Grande-Bretagne, etc. Cela s’accompagne d’une militarisation croissante des États, d’une volonté de mettre au pas les populations, venant de tous les gouvernements. On voit combien, sur fond d’une crise mondiale qui s’aggrave, le capitalisme est indissociable de la guerre. L’humanité ne pourra éviter une nouvelle généralisation des conflits qu’en renversant ce système.

Pierre LAFFITTE