CMA-CGM : superprofits, superparasitisme

07 Septembre 2022

Rodolphe Saadé, président et principal actionnaire du troisième armateur mondial, a présenté le résultat trimestriel de la CMA-CGM. Entre avril et juin, la compagnie a fait plus de 7 milliards d’euros de bénéfices et continue de faire exploser tous les compteurs.

Ces profits insolents résultent de l’augmentation des prix du fret découlant des à-coups de l’économie mondiale. 95 % du commerce international passe par la mer, dont une bonne partie sur les lignes de porte-conteneurs entre l’Asie, l’Amérique et l’Europe. Trois alliances, en fait trois compagnies géantes, dont la CMA-CGM, ont le monopole de cette activité et s’entendent pour se partager le marché et fixer les tarifs. L’énorme quantité de marchandises immobilisées par l’épidémie de 2019-2020, l’engorgement des ports, le manque de navires, de marins, de dockers, de conteneurs ont créé des goulots d’étranglement et les prix du fret ont explosé, certains ayant été multipliés par dix à partir de la fin de l’année 2020. Les trois géants ont alors fait des bénéfices colossaux et, depuis, rachètent à tour de bras concurrents, installations portuaires, sociétés de transports, lignes de chemin de fer, compagnies aériennes etc.

Ces superprofits, qui sont pour beaucoup dans l’augmentation générale des prix à la consommation, ont été acquis non pas parce que le système fonctionne, mais précisément parce qu’il bloque, non par la concurrence mais par le monopole et sous l’aile protectrice des États européens. Ces derniers ont en effet non seulement voté une loi qui permet la constitution de groupements d’armateurs, mais inventé un système d’imposition à leur service exclusif. Ainsi CMA-CGM acquitte un impôt de 2 % sur ses bénéfices, car il est calculé sur le tonnage de ses navires et pas sur son chiffre d’affaires. De plus la compagnie a bénéficié de la sollicitude des pouvoirs publics à chaque étape de son développement depuis trente ans. Grâce aux gouvernements successifs, elle a pu acquérir ses concurrents pour une bouchée de pain, profiter de lois et de règlements édictés pour elle, voir ses affaires accompagnées par les services diplomatiques aux quatre coins du monde et, bien entendu, être renflouée par les deniers publics lors de la crise de 2008. Il faut donc, comme le ministre Bruno Le Maire, être tombé en extase mystique devant le veau d’or, pour ignorer « ce que sont les superprofits ».

Le patron de CMA-CGM, lui, manifestement, le sait. C’est pourquoi il prend les devants et annonce que les affaires ne seront pas toujours aussi bonnes, que 90 % des profits seront réin­ves­tis et, chantilly sur le conteneur, que la compagnie consacrera 1,5 milliard d’euros à se verdir. En attendant, grâce à son parasitisme organisé et à ses liens avec l’État, au prix d’une augmentation générale des prix et du chaos économique, son entreprise est cette année la plus rentable du pays et sa famille est dans les cinq premiers milliardaires français.

Paul GALOIS