Nathalie Arthaud le 28 mai : "Il faut vouloir renverser le capitalisme"

01 Juin 2022

Macron est donc investi pour un second mandat, son gouvernement est nommé et, pour l’essentiel, c’est du réchauffé. Mais avec toutes les casseroles que les uns ou les autres se trimballent, avec les emballements et les polémiques dont le monde politicien et médiatique a le secret, les commentateurs passent des heures à commenter un spectacle où il ne se passe rien.

Pendant ce temps, toute l’économie est en train de se détraquer, les prix s’envolent à la pompe à essence comme dans les rayons des supermarchés. […]

Certains artisans et commerçants hésitent à répercuter l’augmentation de leurs charges sur leurs propres prix, mais ce n’est pas le cas des groupes capitalistes les plus puissants. Les trusts automobiles ont par exemple pris les devants, augmentant considérablement les prix des voitures.

Dans les crises, les gros ont toujours les moyens d’imposer leur loi. Mieux, ils trouvent de nouvelles opportunités pour profiter de la situation.

Ce qu’on appelle l’inflation est une injustice de plus, un prélèvement de plus sur les travailleurs qui s’ajoute à l’exploitation et qui nous appauvrit, tout cela au profit de la minorité capitaliste qui domine l’économie. C’est un enjeu de la lutte de classe qui prend aujourd’hui une importance cruciale. Eh bien, cette lutte de classe, il faut la mener !

Depuis trop d’années nous laissons la classe capitaliste encaisser les profits que nous produisons collectivement. Aujourd’hui nous n’avons plus le choix, pour ne pas nous appauvrir, il faut que nous nous battions pour que ces profits nous reviennent en salaire et en pouvoir d’achat. Dès que les prix augmentent, il faut augmenter les salaires, les allocations et les pensions de la même proportion !

[…]

Les profits faramineux se sont accumulés l’année dernière. L’année 2021 fut même une saison exceptionnelle pour la grande bourgeoisie. En témoignent les 160 milliards de profits comptabilisés par les entreprises du Cac 40 et les 80 milliards distribués aux actionnaires.

Alors, oui, il y a de l’argent pour augmenter les salaires, il y a de l’argent pour les retraites et il y a même de l’argent pour embaucher et en finir avec ce chômage de masse : il faut prendre sur les profits du grand patronat. Toutes les entreprises ne seraient pas en mesure de le faire ? Qu’elles fassent la transparence sur leurs comptes, qu’on lève le secret des affaires et on verra qui fait son beurre sur le dos des autres !

Ces derniers jours ont connu plusieurs grèves, dont celle emblématique, à Châtellerault, de 550 couturières fabriquant des sacs Vuitton. C’est entre autres grâce à leur travail que Bernard Arnault a encaissé deux smic à la minute au titre de ses bénéfices de 2021. Eh bien, ces ouvrières n’ont pas accepté l’aumône proposée par leur patron, elles ont fait grève pendant trois jours. Elles ont non seulement arraché 100 euros net d’augmentation, mais elles ont fait la preuve que, lorsque l’on se bat unis et déterminés, on peut forcer le grand patronat à mettre la main au portefeuille.

Alors, le plus important, pour nous, n’est pas ce qui va se passer à l’Élysée, à Matignon ou à l’Assemblée nationale. C’est ce qui va se passer dans les entreprises, c’est notre capacité à nous rassembler, à nous organiser et à nous battre contre un système aussi fou.

La crise s’aggrave et le grand patronat, main dans la main avec le gouvernement, va l’utiliser comme prétexte pour continuer d’attaquer la condition ouvrière.

Depuis la pandémie, nombre d’entreprises continuent de tourner au ralenti faute d’approvisionnement. D’autres sont prises à la gorge par les délais ou les prix demandés par leurs fournisseurs… Le système productif et les chaînes d’approvisionnement sont en pleine désorganisation.

Qui tiendra le choc ? Combien d’entreprises fermeront ? Combien de travailleurs vont se retrouver réduits au chômage partiel ou au chômage tout court ? Le choc attendu est souvent comparé à celui de la crise pétrolière de 1971. Et ce qui est sûr, c’est que les maîtres de l’économie comme leur personnel politique sont dépassés par la situation, en particulier par l’envolée des prix.

Eh oui, ce sont les lois du marché : la sacro-sainte loi de l’offre et de la demande. S’il y a plus de demande que d’offre, les prix montent. C’est tant mieux pour le vendeur et pour le spéculateur qui anticipe le mouvement et l’aggrave. C’est tant pis pour celui qui ne peut plus payer.

Tant pis pour celui qui ne peut se ravitailler ni en gaz ni en pétrole et qui ne peut même plus faire bouillir de l’eau, comme c’est le cas au Sri Lanka ! Tant pis pour les pays pauvres qui manqueront de blé, comme l’Égypte, le Congo, le Liban, la Libye ou la Somalie. Tant pis pour les millions de femmes et d’hommes qui vont plonger dans la famine, quand ils n’y sont pas déjà, comme au Yémen, en Ethiopie, au Soudan du Sud et à Madagascar !

Ici, en France, on ne mourra peut-être pas de faim. Mais la société va reculer, avec plus de misère, de privations, de dénuement et de maladies de toutes sortes. L’État assure qu’il amortira le choc et qu’il est prêt à consacrer 20, 30, 50 milliards pour aider la population et les entreprises à faire face. Mais il n’interdit rien aux spéculateurs. Il les laisse nous faire les poches et puiser, une fois de plus, dans les caisses publiques. […] Il faut rendre publics les comptabilités, les agissements et les malversations des capitalistes. Il faut contester leur pouvoir et tout leur système parce qu’ils nous mènent dans le mur.

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