Industrie chimique : les empoisonneurs

18 Mai 2022

La diffusion d’une enquête télévisée sur la pollution aux perfluorés, engendrée par les activités du site chimique regroupant Arkema et Daikin, à Pierre-Bénite, a provoqué l’inquiétude, la colère et de nombreuses questions, aussi bien parmi les travailleurs du site que chez les riverains.

Dans ces deux entreprises, les perfluorés ont été utilisés pendant de nombreuses années. Les directions tenaient des propos rassurants, se réfugiant derrière l’argument qu’aucune étude scientifique n’avait prouvé la toxicité de ces produits. Et pour cause, aucune étude n’avait été faite et les directions s’étaient bien gardées d’en diligenter. Même après la révélation des dangers de ces produits en 2000, ceux-ci ont continué à être utilisés. Cela a été le cas notamment du surflon, jusqu’en 2016.

Sous la pression des travailleurs, inquiets et qui se doutaient que leur patron ne leur disait pas tout, Arkema a remplacé progressivement le surflon par des molécules censées être biodégradables et non toxiques . Depuis, les travailleurs exposés sont suivis médicalement et leur taux de surflon est surveillé chaque année. De ce fait, le danger des perfluorés était pour tous de l’histoire ancienne. Les révélations sur la pollution ont donc été une douche froide. Le fait que les concentrations de ces produits dans le sol, dans l’air et dans l’eau demeurent très élevées des années après, inquiète. Chacun se dit que, si ces taux sont aussi importants autour du site, alors qu’en-est-il dans l’usine et dans les ateliers de production ?

De même, qu’en est-il des additifs fluorés de substitution relâchés sans contrôle dans l’atmosphère et dans les eaux du Rhône, sous prétexte qu’il n’existe actuellement aucune norme concernant ces molécules ? Dans sa communication, la direction se veut rassurante, expliquant que les produits utilisés aujourd’hui sont sans danger. Mais, connaissant son irresponsabilité dans les années passées, il est difficile de lui faire confiance !

Et quand bien même ce serait vrai, de nombreux problèmes se posent concernant la santé des travailleurs et des riverains : l’eau est-elle potable, que faire pour se protéger, pour préserver sa santé et celle des enfants qui ont été exposés dès leur plus jeune âge, soit par le lait maternel contaminé, soit en jouant sur des terrains de sport voisins de l’usine ? Quant à ceux qui dans l’usine développeraient des pathologies liées aux perfluorés, à quelle indemnisation auraient-ils droit ? Sera-t-il possible, comme pour l’amiante, de classer le site et de partir plus tôt à la retraite ?

Pour obtenir des réponses et faire valoir leurs revendications, riverains et salariés auront tout intérêt à ne pas se contenter des belles paroles des patrons. Ils ne peuvent pas compter non plus sur les autorités, qui sont rarement pressées d’imposer à ceux-ci quelque contrainte que ce soit.

Correspondant LO