Sanofi : à qui profitent les vaccins ?

06 Octobre 2021

Sanofi a décidé d’arrêter le développement de son vaccin à ARN messager contre le Covid-19. Le responsable de la branche vaccins l’a justifié en déclarant : « Il n’y a pas de besoin de santé publique d’avoir un autre vaccin à ARN messager. » Comme si c’étaient les besoins de santé publique qui déterminaient les choix des industriels de la pharmacie, et en l’occurrence de Sanofi !

Depuis bientôt deux ans, on assiste à une véritable démonstration du fait que les industriels de la pharmacie sont comme tous les autres industriels : ils vendent des marchandises et n’ont donc pour objectif que les profits que le marché peut leur offrir.

Pour ne parler que de Sanofi, en mars 2020, ses dirigeants ont assuré que le vaccin, s’il voyait le jour, serait distribué en priorité aux États-Unis, puisque ces derniers sont les meilleurs payeurs.

Plus tard, quand les vaccins de Pfizer et Moderna se sont révélés efficaces, il n’a pas été question pour Sanofi – pas plus que pour aucun autre industriel de la pharmacie – de mettre ses infrastructures à disposition pour fabriquer au plus vite les doses indispensables. Seule comptait la possibilité concrète de placer son propre vaccin éventuel sur le marché afin de récupérer une part de profit suffisamment consistante.

Aujourd’hui, Sanofi arrête le développement de son vaccin à ARN messager parce que ses services de marketing et ses financiers estiment, le marché étant aux mains de Pfizer et de Moderna, que le jeu n’en vaut pas la chandelle. En revanche, les mêmes services ont manifestement décidé qu’il y a encore de l’argent à se faire avec l’autre vaccin, le vaccin à protéine recombinante développé avec le britannique GSK, pour lequel les travaux continuent. Ces décisions n’ont rien à voir avec des considérations de santé publique, mais plutôt avec les dividendes espérés pour les actionnaires

Sanofi n’en continue pas moins les recherches sur cette nouvelle technique de l’ARN messager. Elle s’annonce prometteuse puisqu’elle pourrait permettre de produire des vaccins contre d’autres types de maladies infectieuses, voire des traitements contre les cancers. Les espoirs sont tels que l’été dernier Sanofi a racheté pour près de 3 milliards d’euros une société de biotechnologie américaine spécialiste de cette technique.

D’un côté, des femmes et des hommes mettent au point des médicaments et leurs recherches sont utiles à l’humanité. De l’autre, les seuls vrais décisionnaires sont des actionnaires, des capitalistes pour qui ces médicaments ne sont rien d’autre que des marchandises, des sources de dividendes.

Sophie GARGAN