Italie : l’accueil des migrants lourdement condamné

06 Octobre 2021

Plus de treize ans de prison et 500 000 euros de financements européens à rembourser : cette lourde condamnation, prononcée par le tribunal de Locri, en Calabre, ne frappe pourtant pas un mafieux trafiquant de drogue et auteur de règlements de comptes sanglants.

Deux fois plus lourd que les réquisitions du parquet, le verdict est celui du procès intenté à Domenico Lucano, ancien maire du village calabrais de Riace qui, au fil des années passées à diriger la commune, avait accueilli des milliers de migrants.

Domenico Lucano avait incité les habitants d’origine du village, ayant eux-mêmes émigré dans le nord de l’Italie pour y travailler, à mettre leurs maisons à disposition. De nombreuses habitations inoccupées ou abandonnées avaient été restaurées, des activités d’artisanat et des commerces avaient rouvert et l’école du village avait pu être sauvée par l’arrivée de ces nouveaux habitants.

Ce « village de l’accueil », comme le proclamait fièrement une pancarte à l’entrée du bourg, n’était pas du goût du gouvernement Conte, arrivé au pouvoir en 2018. Son ministre de l’Intérieur, le dirigeant d’extrême droite Salvini, avait fait de Riace le symbole d’un prétendu « business de l’immigration » et Lucano avait été mis en examen et en résidence surveillée, rien moins que pour aide à l’immigration clandestine, escroquerie et association de malfaiteurs.

La condamnation de Lucano a suscité une vague d’indignation parmi les militants associatifs et antiracistes, qui y voient, à juste titre, la transformation de l’accueil et de l’aide aux migrants en délit sévèrement puni. « Si une personnalité comme Lucano voit son honneur traîné dans la boue, accusé de s’être enrichi sur les migrants alors qu’il a tout sacrifié à l’accueil, s’il est condamné aussi lourdement qu’un meurtrier, c’est pour dire à tous ceux qui veulent se montrer simplement humains : ce sera à vos risques et périls », expliquait un militant associatif venu à Riace pour manifester son soutien à l’ancien maire, samedi 2 octobre.

Une partie des représentants de la gauche se sont déclarés solidaires de Lucano, non sans arrière-pensées électorales, à la veille d’un scrutin municipal à valeur de test national dans plusieurs grandes villes du pays. La politique d’un Salvini, lorsqu’il était ministre, et ses déclarations actuelles sur les « criminels » de gauche qui favorisent « les criminels migrants » ont en effet de quoi écœurer. Mais il ne faut pas oublier que la politique antimigrants, faite d’accords passés avec les bandes armées libyennes et de campagnes contre les bateaux des ONG accusés d’aider les passeurs, a été commencée par le gouvernement « de gauche » de Renzi et son ministre de l’Intérieur, Minitti.

Nadia CANTALE