Bernard Tapie : margoulin d’honneur de la république

06 Octobre 2021

Après la mort de Bernard Tapie, les hommages officiels ont dégouliné de tous les côtés pour saluer cet affairiste sans scrupule. Macron lui-même n’a pas été gêné de saluer celui dont « l’ambition, l’énergie et l’enthousiasme furent une source d’inspiration pour des générations de Français » !

Il faut dire que Bernard Tapie incarne jusqu’à la caricature les valeurs que défendent les laudateurs du capitalisme. Voilà donc le type de héros qu’aime à encenser un Macron. Né dans une famille populaire de Seine-Saint-Denis, Tapie n’a cessé de proclamer son amour de l’argent et, s’il a déployé de l’énergie, c’est pour en amasser par tous les moyens. Comme tant d’autres ambitieux peu fortunés, il a compté sur son bagout et son culot pour faire sa pelote.

Au début des années 1980, Tapie a trouvé un filon fertile : le rachat pour le franc symbolique, avec le soutien des tribunaux de commerce et d’élus locaux, d’entreprises en difficulté. Sans réaliser le moindre investissement, mais en les dépeçant et en licenciant la plupart des travailleurs de ces entreprises, il les a revendues avec bénéfice. C’est ainsi que les salariés de Manufrance, de la Vie Claire, des balances Terraillon, des piles Wonder et, quelques années plus tard, ceux d’Adidas ou de Testut ont vu leurs vies brisées par le margoulin Tapie.

Recherchant la lumière en plus de l’argent, Tapie a créé dans cette période une équipe de cyclisme autour de Bernard Hinault et racheté l’Olympique de Marseille, qu’il a propulsé en haut de l’affiche, en injectant des millions pour acheter des joueurs... mais aussi des arbitres ou les équipes adverses, comme celle de Valenciennes en 1993. Ses succès sportifs, ses passages à la télévision et sa gouaille l’ayant rendu populaire, et pas seulement à Marseille, Mitterrand, alors président, a choisi de l’aider à se faire élire député, avant de le nommer ministre de la Ville en 1992. Celui qui s’était fait élire en 1981 grâce aux voix ouvrières, en prétendant changer la vie des classes populaires, nommait ministre ce licencieur d’ouvriers, animateur d’une émission baptisée Ambitions ! Après avoir renié toutes les promesses faites aux travailleurs, le PS au pouvoir érigeait en modèle un affairiste véreux.

Tapie resta cependant un parvenu qui ne s’était pas fait que des amis, en particulier dans le monde feutré des juges. Cela lui valut huit mois fermes de prison pour l’affaire VA-OM. Après une période plus discrète pendant laquelle il joua la comédie, cette fois en professionnel, au théâtre et au cinéma, il profita de l’arrivée au pouvoir de son ami Sarkozy pour se refaire financièrement. S’estimant floué depuis 1994 par le Crédit lyonnais, qui avait organisé pour son compte la revente d’Adidas, Tapie obtint en 2008 de Christine Lagarde, ministre de Sarkozy, la mise en place d’un tribunal d’arbitrage. Cette fois, les juges étaient des amis et lui accordèrent 405 millions d’euros de dédommagement. La somme était astronomique et cet arbitrage est encore contesté. Mais Tapie est mort avant la fin de cette procédure judiciaire, bien sûr sans avoir remboursé.

Voilà le combinard sans scrupule à qui de nombreux politiques, de Macron à Jean-Marie Le Pen en passant par Fabien Roussel, ont rendu hommage. Sans doute pensent-ils ainsi se rendre populaires. C’est montrer qu’ils n’ont pas plus de scrupules et de respect pour les travailleurs que n’en avait leur modèle.

Xavier LACHAU