Abus sexuels dans l’Église : vers l’auto-absolution ?

06 Octobre 2021

La commission indépendante chargée d’enquêter sur les abus sexuels commis dans l’Église catholique de France a rendu son rapport le 5 octobre. Il est accablant.

Entre 1950 et 2020, 300 000 jeunes auraient subi des agressions sexuelles de la part de 3 000 prêtres et de laïcs évoluant dans le même milieu, catéchisme, école, patronage, colonie de vacances, etc. Le rapport souligne l’évidence : la hiérarchie catholique ne pouvait pas ignorer un tel phénomène. Elle a systématiquement protégé les coupables et demandé aux victimes de se taire pour « éviter le scandale ».

L’abus sexuel contre des enfants ou des adolescents est certes loin d’être l’apanage de l’Église catholique. La moitié des cas avérés sont commis dans le cercle familial ou le voisinage immédiat. Mais, alors que la société dans son ensemble tente depuis quelques décennies d’ouvrir les yeux sur ce fléau, l’Église a, jusqu’ici, nié ou minimisé les faits la concernant. Il aura fallu bien des procès, bien des témoignages et la mise au jour de bien des horreurs, chez les catholiques américains, irlandais, allemands et autres, pour que l’Église de France ouvre sa lamentable chambre aux secrets.

Aujourd’hui, les représentants les plus autorisés de la hiérarchie catholique avouent leur « honte et leur effroi » et demandent pardon aux centaines de milliers de victimes. Ces excuses sont bien tardives et n’expliquent pas pourquoi les cas d’abus sexuels sur mineurs sont deux fois plus élevés dans les organisations catholiques que dans la société dans son ensemble. Mais ces raisons existent et il faut être évêque pour ne pas les voir.

L’Église s’est fait une spécialité de la répression de la sexualité, le célibat des prêtres en étant l’ornement le plus voyant, imposant d’ailleurs cette morale à toute la société, avec des résultats catastrophiques. Si elle n’est évidemment pas le seul organisme à confier des enfants à l’autorité des adultes, elle est la seule à élever ses prêtres au-dessus du commun des mortels, leur donnant une aura particulière dont il est facile d’abuser. Elle constitue de fait une secte, aussi nombreuse soit-elle, avec ses rites et ses secrets qu’on ne va pas divulguer au dehors. D’ailleurs, racontent les victimes, il n’y a parfois au dehors personne à qui aller parler. Enfin, et c’est sans doute le pire, le fait que l’Église couvre les siens et tolère de fait ces comportements a fini par susciter les vocations, attirant les pédophiles en puissance. La commission d’enquête le souligne en parlant de « caractère systémique » du problème.

L’Église est en effet une organisation centralisée et hiérarchisée qui prétend ne pas avoir de comptes à rendre à la justice des hommes. Ainsi un prêtre abuseur commet un péché, susceptible d’être pardonné par son évêque, et pas un délit qui serait passible des tribunaux. Après avoir finalement été contrainte de mettre ses turpitudes sur la place publique, l’Église demande pourtant toujours à se juger elle-même, c’est-à-dire à s’absoudre une fois de plus, alors même que le nombre d’abus n’a pas baissé ces dernières années.

Cela n’empêchera pas les autorités ecclésiastiques de tenir le devant de la scène en toute occasion, les médias et les hommes politiques de prendre leur avis avec déférence, leur morale rétrograde de se faire entendre, si ce n’est de prévaloir. La société d’oppression a toujours besoin, même au 21e siècle, de ce pilier de l’ordre qu’est l’Église catholique.

Paul GALOIS