Union de la gauche : les bons contes font les faux amis

31 Mars 2021

Yves Jadot, tête de liste écologiste aux dernières élections européennes et qui se voit bien candidat du même parti à l’élection présidentielle de 2022, a lancé dimanche 28 mars un appel pour que les partis de gauche « se parlent ».

Il n’est pas le premier à le proposer et ne sera sans doute pas le dernier, tant l’appel au rassemblement est une figure imposée du genre.

Des millions d’électeurs des classes populaires voient à juste titre un ennemi direct en Macron et un ennemi féroce en Le Pen. Ils s’inquiètent à l’idée de devoir encore une fois choisir, au second tour de l’élection, ce qu’ils devront considérer comme le moindre mal. Les aspirants candidats de gauche doivent donc faire la preuve soit qu’ils peuvent espérer arriver au second tour, soit qu’ils ont tout fait pour qu’il y ait un candidat d’union. C’est bien ce que ­Jadot a entrepris en proposant cette entrevue.

À force de « se parler », un candidat commun de la gauche finira-t-il par émerger ? Si une bonne fée se penche sur le berceau de l’union, un texte de compromis devra être trouvé, reprenant un peu de tous les menus électoraux de la gauche de gouvernement et de l’écologie de ministère. Cela pourrait être facile car, de toute façon, les programmes électoraux ne sont pas faits pour être appliqués. Si la fée se penche sur les urnes et si le candidat unique de la gauche et des écologistes est élu, on se retrouverait alors dans la situation qui a suivi l’élection de Mitterrand en 1981 ou celle de Hollande en 2012. À une grosse différence près : la crise est depuis devenue catastrophique et, en conséquence, le chômage et la pauvreté ont explosé, les rapports sociaux sont devenus plus âpres, la vie des travailleurs beaucoup plus difficile, les tensions internationales plus menaçantes.

Dans ces conditions, le président de gauche parvenu au pouvoir appliquerait à n’en pas douter la politique exigée par les possédants et la grande bourgeoisie. Le voudrait-il, qu’il ne pourrait faire autrement. Les mandats de Mitterrand et de Hollande avaient ainsi été marqués d’abord par la trahison manifeste des promesses faites, entraînant la démoralisation des militants ouvriers et un dégoût prononcé des milieux populaires pour les politiciens. Enfin, ils s’étaient conclus par une déroute électorale de la gauche, rapide et complète dans le cas de Hollande, et par un progrès du Front national et des idées réactionnaires en général.

Un nouvel épisode du même conte de fées, compte tenu de la situation sociale et politique, ne pourrait avoir que des résultats du même ordre, en pire. La fée Clochette de la gauche candidate ferait ainsi place à la fée Carabosse de gouvernement, voire carrément aux trois sorcières touillant le chaudron d’extrême droite.

Alors, que Jadot, Hidalgo, Mélenchon et les autres « se parlent » ou non, c’est leur affaire. Mais les travailleurs, eux, doivent d’abord se demander comment défendre leurs propres intérêts, avec leurs propres forces… et sans croire aux contes de fées.

Paul GALOIS