RATP-Ligne 13 : piqûre de rappel pour la grève

31 Mars 2021

Depuis des mois, à la RATP, les sanctions tombent sur les conducteurs pour les motifs les plus variés. Au début de l’épidémie, n’ayant ni masques ni gel, certains d’entre eux s’étaient mis en droit de retrait. Cela leur avait valu des « code 800 », c’est-à-dire d’être pointés en absence illégale.

Depuis, d’autres sanctions ont été régulièrement infligées à des conducteurs sous prétexte de manque de respect de la réglementaion ou de la sécurité, comme le fait de ne pas avoir coché les cases CM (conduite manuelle) sur leur feuille de route chaque fois qu’ils conduisent sans le pilotage automatique. Ces sanctions ont des conséquences sur le déroulement de carrière : les augmentations de salaire normalement prévues au fil des années passées dans l’entreprise sont retardées de six mois ou plus, au bon vouloir de la direction, qui bloque ou pas le salarié sanctionné lors des commissions de classement où sa situation se discute.

Le sentiment de bien des conducteurs est que, derrière ces prétextes, il s’agit de faire des exemples pour leur faire baisser la tête, et leur montrer « qui est le patron ». La direction a sans doute toujours en travers de la gorge la grève des transports de décembre 2019 - janvier 2020, quasi totale sur la ligne 13 pendant deux mois, et ne rate aucune occasion pour tenter de reprendre la main.

Sa dernière attaque, un avertissement à un conducteur qui avait plaisanté sur les ondes de la radio servant à communiquer avec le poste de commandement, a eu l’effet inverse. Choqués par la disproportion entre la sanction et ce qui était reproché, des conducteurs ont pris contact avec l’encadrement pour faire lever cet avertissement, en vain. Ils ont alors décidé de ne pas laisser passer.

Lundi 22 mars, environ 80 conducteurs se sont servis des préavis de grève illimités, non levés par les syndicats depuis décembre 2019, et se sont mis en grève.

Un groupe de grévistes s’est retrouvé devant l’immeuble du poste de commandement de la ligne 13. Le directeur, le sous-directeur et un cadre technique étaient déjà là, les attendant devant les locaux. Ils se sont arrangés pour que, contrairement aux habitudes, les grévistes n’aient pas accès aux feuilles d’émargement leur permettant de savoir combien de conducteurs étaient en grève. La direction était sur les dents, n’ayant pas réussi à contrer cette grève dont elle se serait bien passée, et qui l’a obligée à mobiliser un grand nombre de conducteurs de la Réserve générale pour faire tourner les trains.

Après une discussion houleuse, à court d’arguments et visiblement très irrité, le directeur a fini par appeler le Covid-19 à la rescousse en demandant si les grévistes étaient à moins de 10 km de leur domicile ! Ceux-ci, en revanche, étaient bien contents de cette journée où ils ont montré qu’ils n’étaient pas prêts à laisser passer les attaques de la direction.

Correspondant LO