Mozambique : impérialisme et terreur djihadiste

31 Mars 2021

Le groupe djihadiste al-Chabab, affilié à l’État Islamique, s’est emparé le 26 mars de la ville de Palma au Mozambique. Des milliers d’habitants se sont enfuis là où ils pouvaient, dans les forêts voisines ou en mer.

Ce groupe fait régner la terreur dans cette région, le Cabo Delgado, depuis octobre 2017. Il s’agissait alors d’une bande d’une trentaine d’individus qui avaient attaqué un poste militaire. Depuis, ses effectifs n’ont cessé de grossir. Sous le drapeau de l’islam rigoriste, ils ont attaqué les villages les uns après les autres, incendiant les habitations, enlevant les jeunes et les femmes pour les forcer à rejoindre leurs groupes armés et pratiquant des décapitations spectaculaires pour terroriser ceux qui voudraient résister. En août dernier ils se sont emparés du principal port de la région, Mocimboa da Praia, une ville de 30 000 habitants.

Comme dans tous les pays où prolifèrent ces bandes armées, leurs troupes grossissent en inspirant la terreur et du simple fait que, dans un tel climat, beaucoup jugent préférable d’être du côté du plus fort. Mais ce développement est aussi lié à la misère et à l’oppression que subit la population. À une dizaine de kilomètres de Palma, se construit ce qui doit être le plus grand site gazier d’Afrique. Le français Total, l’italien ENI, l’américain Exxon Mobil s’y sont emparés des terres et des zones maritimes nécessaires pour construire leurs installations, chassant les pêcheurs d’une des côtes les plus poissonneuses d’Afrique. Derrière Total s’est engouffré tout le gratin de l’industrie et de la finance française : Bolloré, Technip, la BNP, la Société générale. L’ensemble du projet est estimé à 60 milliards de dollars. En comparaison, le budget annuel de l’État mozambicain est d’environ 4 milliards de dollars.

Au Mozambique, la population est abandonnée à elle-même. Lors des cyclones qui ont ravagé d’autres régions il y a deux ans, faisant des centaines de morts et des millions de sinistrés, on avait vu sur les chaînes de télévision occidentales les images de villageois tentant de survivre au milieu de leurs habitations détruites, sans aucune aide extérieure. Cette situation est le reflet dramatique de ce que vit en permanence la population du pays. Non seulement les ressources de l’État sont insuffisantes, mais elles sont dilapidées dans la corruption. L’État mozambicain s’est ainsi endetté de deux milliards de dollars auprès de banques suisses et russes pour financer en 2013 l’achat de navires français, thoniers et patrouilleurs, après versement de somptueux pots-de-vin à l’entourage du chef de l’État, ce que l’on a appelé « le scandale de la dette cachée ».

Dans ce contexte, de nouvelles recrues ne cessent de rejoindre les groupes djihadistes, qui passent en peu de temps de quelques dizaines à plusieurs milliers de combattants. Cela n’est pas vrai qu’au Mozambique. C’est maintenant dans presque toute l’Afrique que la population vit dans la crainte d’attaques meurtrières et que des régions entières tombent aux mains de telles bandes. La misère, la corruption alimentées par la présence de l’impérialisme sont le meilleur engrais pour le terrorisme.

Daniel MESCLA