Birmanie : une répression sanglante

31 Mars 2021

Face à la mobilisation de la population contre le coup d’État du 1er février en Birmanie, la répression s’intensifie de semaine en semaine. Samedi 27 mars, alors que des manifestations étaient appelées dans de nombreuses villes, l’armée s’est livrée à un massacre.

Plus de 100 manifestants ont été tués ce jour-là, dont plusieurs enfants. L’armée a aussi tiré sur les participants aux funérailles qui ont suivi. Une infirmière, connue pour avoir appelé ses collègues à se mobiliser, a été abattue d’une balle en plein front alors qu’elle portait secours à des blessés. De nombreux cadavres sont emmenés par les militaires et non restitués à leurs familles. L’armée n’a pas hésité à incendier des dizaines de maisons pour briser la résistance de la population. Selon l’AAPP, l’Association d’assistance aux prisonniers politiques, l’armée « a utilisé des grenades et, pas seulement des balles réelles, mais des mitrailleuses dans les zones urbaines ». Le même jour, alors que des manifestants s’étaient réfugiés dans l’hôpital Royal d’Asia, l’armée les y a poursuivis et a tiré à l’intérieur, y compris sur le personnel médical.

L’AAPP, qui tente de recenser au jour le jour les victimes, dénombrait au 29 mars 520 personnes assassinées par la junte depuis le coup d’État et 2574 prisonniers politiques. Les militants ouvriers sont particulièrement visés par la répression. Selon Khaing Zar Aung, président de la Fédération des travailleurs de l’industrie du Myanmar (IWFM), l’armée demande aux propriétaires d’usine de divulguer les noms et adresses des dirigeants syndicaux pour les arrêter, et les soldats font du porte-à-porte dans les dortoirs et les foyers des travailleurs pour tenter de les retrouver.

Un journal syndical relate par exemple que, la semaine du 19 mars, dans l’usine de chaussures Xing Jia, dans la zone industrielle de Hlaing Thar Yar, alors que les ouvriers réclamaient des salaires impayés, la direction de l’usine a appelé la police. Huit travailleurs, dont deux militants syndicaux, ont été abattus. Soixante-dix travailleurs ont été arrêtés et chargés dans deux camions de prisonniers.

Cette même zone industrielle, déclarée en état de siège depuis le 14 mars, a été la cible d’une véritable guerre. Aujourd’hui, il semblerait qu’une grande partie des usines y soient fermées et de nombreux travailleurs, souvent originaires des campagnes pauvres, y sont retournés pour tenter de se mettre à l’abri. L’armée birmane a aussi bombardé la population d’une minorité ethnique, les Karen, dont un groupe armé est en rébellion contre la dictature. Le régime thaïlandais a refoulé impitoyablement les réfugiés qui avaient passé la frontière.

Pour autant, malgré la répression féroce, de nouvelles manifestations se sont déroulées dès le 29 mars dans de nombreuses villes. Il est difficile de connaître l’ampleur de ces manifestations ainsi que celle de la grève qui continue d’affecter au moins une partie de l’économie birmane. Ainsi, selon le journal d’opposition en ligne Myanmar Now, le 30 mars, des centaines d’ouvriers d’usines appartenant à l’armée et fabriquant des pièces pour les véhicules militaires étaient toujours partiellement en grève. Un ouvrier racontait : « je vais à l’usine uniquement les jours où je veux y aller. Même les jours où je suis à l’usine, je ne travaille pas. » Le gouvernement a dû aussi menacer de condamnation pénale des travailleurs du public toujours en grève.

Les dirigeants impérialistes, comme Biden ou Macron, ont condamné la répression féroce qui frappe le peuple birman. Mais ils n’envisagent pas de prendre des mesures pouvant nuire aux intérêts d’entreprises comme Zara, Lidl, Primark, Adidas ou Total, pour lesquelles travaille une grande partie de la classe ouvrière birmane. C’est donc bien sur elle-même, et elle seule, que la classe ouvrière birmane peut compter pour renverser la dictature.

Christian BERNAC