Yémen : une guerre sans fin

09 Décembre 2020

Le Yémen, pays de 28 millions d’habitants situé à la pointe sud-ouest de la péninsule d’Arabie, est « en danger imminent de la pire famine que le monde ait connue depuis des décennies », a alerté le 20 novembre le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

Depuis des années, les alertes se sont succédé, dans l’indifférence des grandes puissances alliées de l’Arabie saoudite, dont la France. En mars 2015, l’Arabie saoudite, regroupant autour d’elle une coalition d’États, a entamé une guerre au Yémen contre les milices dites houthistes, considérées par elle comme le bras armé de l’Iran, puissance rivale dans la région. Barack Obama avait alors affirmé « le soutien des États-Unis à l’action menée par l’Arabie saoudite », tandis que Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères de François Hollande, en visite officielle en Arabie saoudite un mois plus tard, avait approuvé cette opération « légitime », la considérant comme « un signal envoyé à l’Iran afin de ramener tout le monde à la table des négociations ».

Aujourd’hui, malgré tout le soutien et l’aide militaire dont elle dispose, l’Arabie saoudite n’est pas parvenue à reprendre le contrôle du Yémen, qu’elle considère comme son arrière-cour. En revanche, le blocus qu’elle impose au pays est redoutablement efficace contre la population de ce pays très pauvre, qui avant la guerre importait 90 % de la nourriture, des médicaments et du carburant. Non seulement les bombardements ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts, mais ils ont aussi détruit très largement les infrastructures, dont les centres de santé et les réseaux de distribution d’eau, entraînant une épidémie de choléra qui dure depuis des années. Comme d’autres salariés, la moitié des 160 000 enseignants n’ont pas reçu de salaire depuis 2016. Selon le Fonds monétaire international, l’inflation devrait atteindre 35,5 % cette année et la monnaie yéménite s’effondre. Du fait du blocus, les organisations humanitaires qui tiennent lieu d’administration ne peuvent plus être approvisionnées, sauf en traitant avec les différentes milices armées qui ont prospéré à la faveur de la guerre.

Les résolutions de l’ONU appelant les forces en présence à faire la paix au Yémen relèvent de l’hypocrisie. Les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France apportent un soutien sans faille à la dictature d’Arabie saoudite. Sans compter que cette guerre alimente depuis des années les dividendes encaissés par leurs fabricants d’armes.

Jean SANDAY