Police : un Beauvau pour calmer les vaches ?

09 Décembre 2020

L’article 24, l’article le plus emblématique de la loi sur la Sécurité globale ne cesse de faire couler de la salive côté gouvernement. Face au rejet de dizaines de milliers de manifestants, il a proposé successivement de le retirer, de l’amender, de le réécrire, de le réintroduire dans une autre loi.

Mais le remplacer par une autre disposition concernant toute personne chargée d’une mission de service public, et qui serait contenue dans le projet de loi sur le séparatisme, ne satisfait pas Darmanin. Il ne s’agit pas de confondre un brigadier de police avec un simple enseignant. Pour le ministre, « être policier ou gendarme, c’est très particulier. On doit continuer à les protéger spécifiquement. » Et d’insister : « Moi, je prends des coups pour les policiers et les gendarmes. Je suis fier d’être un chef qui défend ses troupes, qui ne s’en va pas comme une volée de moineaux quand il y a un problème. »

C’est qu’il s’agit de redresser le fléau de la balance, après les paroles quasiment critiques prononcées par Macron suite à la vague d’indignation suscitée dans la population par l’agression de Michel Zecler. N’a-t-il pas osé évoquer des contrôles au faciès et, à défaut de violences policières, des violences commises par des policiers ? Le député Les Républicains Ciotti n’a-t-il pas, au nom de la police, réclamé des excuses au président ? Le Pen elle-même n’a-t-elle pas joint sa voix à ce chœur des défenseurs de la police ?

Qu’il parle par la voix de l’un ou de l’autre, le pouvoir macroniste continue à soutenir sans réserve les forces de répression, leurs patrons les préfets, leurs méthodes et leurs bavures, pourvu qu’elles ne se voient pas trop. Un nouveau gadget comme le Beauvau de la sécurité, annoncé par le président pour le mois de janvier, a justement pour fonction de lancer un message de soutien aux policiers de tous grades qui auraient pu se sentir mis en accusation, et à celles de leurs organisations syndicales qui donnent de la voix. Ce nouvel avatar des Grenelle et autres Ségur, est censé initier une réforme de la police, pour améliorer les conditions d’exercice et consolider les liens avec la population.

On peut parier qu’il n’y aura pas plus de résultats concrets que pour l’environnement ou la santé. Mais le bavardage gouvernemental est destiné à détourner l’attention des lois sécuritaires et anti­ouvrières en gestation, en occupant les ondes et les réseaux sociaux. Pendant ce temps, il ne fait toujours pas bon être manifestant contre la politique sécuritaire de Macron et l’aggravation de la situation sociale, et encore moins migrant ou travailleur sans papiers.

Viviane LAFONT