Police : racisme, hiérarchie complice

29 Juillet 2020

Le policier Amar Benmohamed a choisi de dénoncer publiquement des faits de racisme et de maltraitance ayant duré pendant deux ans au dépôt du tribunal de grande instance (TGI) de Paris.

Dans une interview à France Info, il rapporte qu’à partir du printemps 2017, un groupe d’une vingtaine de policiers a multiplié les insultes à caractère raciste envers les prévenus passés par ce dépôt. Il dénonce aussi leurs refus répétés de donner à ces prévenus de l’eau, de la nourriture, l’accès à des soins. Plus de mille prévenus auraient pâti de ces agissements.

Le lanceur d’alerte avait d’abord choisi de régler le problème avec les policiers concernés, puis de faire appel à sa hiérarchie directe, cela sans succès. En mars 2019, il avait fait un signalement écrit à sa haute hiérarchie, considérant que s’il se taisait, il était « complice par omission ».

Non seulement la hiérarchie n’a rien fait pour arrêter ces comportements, mais elle s’en est prise à Amar Benmohamed, qui, depuis qu’il a dénoncé ses collègues, a été harcelé, empêché de faire son travail et victime de reproches injustifiés.

Ce n’est que maintenant que l’affaire est mise sur la place publique, et les propos et gestes inadmissibles connus de tous, que la Préfecture de police indique qu’un conseil de discipline se tiendra en septembre prochain, faisant suite à une enquête de l’IGPN datant de février dernier.

Il faut dire que l’exemple vient d’en haut : Darmanin, le nouveau ministre de l’Intérieur, a par exemple osé déclarer : « Quand j’entends le mot violences policières, je m’étouffe.» Contrairement aux nombreuses victimes, gageons qu’il ne mourra pas de cet étouffement-là.

Valérie FONTAINE