SNCF – Trappes : la prime aux non-grévistes ne passe pas

05 Février 2020

Jeudi 30 janvier au soir, les travailleurs du Technicentre SNCF de Trappes, dans les Yvelines, ont appris par les médias que des primes allant de 500 à 1 500 euros avaient été distribuées au bon vouloir de la directrice de l’établissement.

Celle-ci a écrit aux bénéficiaires : « Afin de vous remercier pour votre professionnalisme, votre implication et votre grande disponibilité dans le cadre du mouvement de grève qui a débuté le 5 décembre, j’ai le plaisir de vous accorder une gratification exceptionnelle. »

Dans cet atelier d’une centaine de travailleurs, la nouvelle a beaucoup choqué, perçue comme une provocation après les deux mois de grève contre la réforme des retraites. Le vendredi 31, dès l’embauche, un rassemblement spontané a eu lieu pour demander des comptes à la direction locale. Personne n’a travaillé de la journée et une liste de revendications a été rédigée : les travailleurs réclamaient une prime de 1 500 euros pour tous, puisqu’ils estiment qu’ils font preuve toute l’année du fameux professionnalisme vanté par la direction. Ils exigeaient également que l’octroi de telle ou telle prime soit justifié, et non au bon vouloir des chefs d’équipe.

L’ensemble des salariés présents, y compris la maîtrise, ont remis ces revendications à la directrice locale, qui a justifié le versement de la prime aux non-grévistes et affirmé qu’elle était prête à le refaire si besoin. Les agents ne se sont pas privés de lui dire leur colère en face, en lui rappelant le blocage des salaires et l’insuffisance des effectifs. Le PDG de la SNCF se plaint de pertes colossales à cause de la grève mais, pour remercier les cadres, la direction trouve toujours de l’argent !

De mémoire d’ancien, un débrayage aussi massif sur le site de Trappes est une première. Les travailleurs présents ont donc décidé de se retrouver le lundi suivant à Montrouge, où se trouve la direction de l’établissement.

Lundi 3 février, ils étaient 130, de Trappes et de Montrouge, pour un rassemblement qui a duré toute la journée. La directrice a dû recevoir une délégation et a fini par annoncer le versement de deux primes de 250 euros brut en mars et en mai… mais soumises au respect des objectifs de production. À cela s’ajoutent une réévaluation d’environ 100 euros de la prime annuelle ainsi que le doublement de l’enveloppe globale des gratifications individuelles attribuées par les chefs. Les journées de mobilisation du vendredi et du lundi seront payées.

C’est un premier recul, qui montre que l’argent existe et qu’après deux mois de grève la direction craint les réactions. Mais on est encore loin du compte et, mardi 4 février, la direction ne s’était encore engagée qu’oralement. Contre l’octroi de primes à la tête du client, contre l’arbitraire des chefs et pour des salaires décents pour tous, la mobilisation devra se poursuivre.

Correspondant LO