Grande-Bretagne : un Brexit ni fait ni à faire !

05 Février 2020

Le Brexit a-t-il vraiment eu lieu le 31 janvier à minuit, comme l’avait promis le Premier ministre britannique Boris Johnson, lors de sa dernière campagne électorale ?

Ce soir-là, une série de célébrations devaient accréditer cette idée. Mais, malgré une véritable débauche de drapeaux britanniques, le raz-de-marée populaire annoncé n’a pas eu lieu. À défaut, la soirée a été surtout marquée par des son-et- lumière géants, dont celui organisé sur les falaises du port de Douvres, face à l’Europe !

Mais le lendemain, une fois les vapeurs de bière dissipées, que pouvait-on voir du changement historique dont se vantait Johnson ? Pour ainsi dire rien !

Sans doute, dix millions de pièces de 50 pence (équivalant à 60 centimes d’euros) commémorant le Brexit ont-elles été mises en circulation. Mais, en dehors de cela, le fait qu’il n’y ait plus de représentants britanniques au Parlement européen et au Conseil de l’Europe ne fera ni chaud ni froid à personne. De même pour la suppression du secrétariat d’État à la Sortie de l’UE et l’interdiction faite aux ministres et fonctionnaires d’utiliser le mot Brexit.

Johnson peut bien utiliser la méthode Coué, en répétant inlassablement mensonges et flagorneries, et faire scandale en expulsant de ses briefings les journalistes qui ne se plient pas à son petit jeu. Il n’empêchera pas la réalité d’être ce qu’elle est, ni les médias de rendre compte des avatars du Brexit.

Car la réalité, s’agissant du Brexit, c’est qu’on est toujours en plein dedans. Sans doute l’adoption par le Parlement de l’accord de retrait de l’Union européenne (UE) conclu par Johnson marque-t-elle la fin de la première étape du processus, une étape qui aura duré pas moins de trois ans et sept mois ! Mais maintenant commence la seconde étape, de loin la plus complexe, où doivent être détricotés et redéfinis des rapports économiques qui sont le résultat de 47 ans d’appartenance de la Grande- Bretagne à l’UE.

Pendant cette deuxième période de marchandages, rien ne doit changer dans ces rapports économiques, jusqu’à la fin 2020, à moins qu’une prolongation soit décidée d’un commun accord. Et, bien qu’ayant bâti toute sa campagne électorale sur la promesse qu’il n’en ferait rien, Johnson peut ne pas avoir d’autre choix.

Pour l’instant, on en est seulement à préparer ce nouveau round de négociations qui doit commencer en mars. Or, si le premier round du Brexit a duré si longtemps, c’est le résultat de la guérilla menée par une droite conservatrice prête à user des surenchères les plus réactionnaires. Johnson le sait d’autant mieux qu’il était alors l’un des ténors de cette droite.

Avant même les négociations, les surenchères ont commencé. C’est ainsi qu’un autre ténor de la droite conservatrice, Michael Gove, par ailleurs ministre de Johnson, a expliqué à la télévision que le gouvernement pourrait fort bien se passer de toute nouvelle négociation. Or Gove n’est pas seul à se placer sur ce terrain, d’autant que Johnson a profité des dernières élections pour renforcer la droite du parti au Parlement.

À ce jour, Johnson s’est efforcé d’anticiper de telles surenchères, en reprenant à son compte des thèmes réactionnaires éprouvés. Et c’est en usant de la même méthode qu’il aborde ce deuxième stade du Brexit.

Sur le plan intérieur, il a déjà lancé un nouveau projet de loi sur l’immigration. Elle mettra fin au statut particulier des travailleurs européens, avec des garanties limitées pour ceux qui ont travaillé et résidé dans le pays depuis des années. Par ailleurs, elle renforcerait la dépendance des travailleurs immigrés envers leurs employeurs, un peu à la façon pratiquée par les pays du Golfe.

En même temps qu’il s’attaque ainsi aux travailleurs immigrés, Johnson annonce un nouveau train de réductions budgétaires : lui qui avait annoncé la fin de l’austerité il y a quelques mois, compte réduire de 5 % l’ensemble des dépenses de l’État à partir d’avril.

S’agissant des négociations sur le Brexit, Johnson se positionne contre toute concession aux réglementations européennes, en osant prétendre que ce serait inutile, car les réglementations anglaises seraient les plus exigeantes du monde ! Tout cela n’est que du vent, quand on sait que, s’agissant du droit du travail, l’essentiel des droits des travailleurs britanniques (congés payés et durée du travail en particulier) a résulté de l’adoption des réglementations européennes. Mais ce que toutes ces rodomontades impliquent, c’est que les marchandages et les surenchères sont très loin d’êtres finis.

Cela étant, Johnson et sa droite conservatrice visent à accroître les profits du capital, par une aggravation des conditions de travail et d’existence de la classe ouvrière. Pour se défendre contre ces attaques en préparation, les travailleurs britanniques ne peuvent certes pas compter sur un « bon » Brexit, comme le prétendent certains dirigeants travaillistes ou syndicalistes, mais bien sur leurs propres luttes.

François ROULEAU