Camps de migrants : évacuation sans solution

05 Février 2020
Après ceux des portes de la Chapelle et d’Aubervilliers, le campement de réfugiés de la porte de la Villette a été évacué par la police mardi 4 février.

Le préfet de police s’est vanté d’avoir ainsi tenu sa promesse d’éradiquer les camps du nord de Paris, et il fait patrouiller en permanence la police pour empêcher leur réinstallation.

400 personnes vivaient dans ce campement, dans des conditions inhumaines. Les maladies, le froid, la présence permanente de rats, les bagarres au couteau et la présence de dealers étaient leur lot. Ceux qui ne se sont pas enfuis avant l’arrivée de la police vont bénéficier de quelques jours de répit dans un gymnase, après quoi ils seront remis à la rue. Même ceux qui sont prioritaires pour un hébergement  d’urgence, les femmes avec enfants par exemple, n'en bénéficieront pas à coup sûr, car les dispositifs sont saturés.

Cette évacuation, la soixantième depuis 2015, ne règlera donc rien. Soit les campements se reconstitueront ailleurs, soit les migrants se disperseront là où ils peuvent trouver un semblant d’abri, dans les squares de la capitale ou de banlieue, sur les berges des canaux ou sous les porches. Là, ils n’auront même plus l’aide que peuvent apporter les bénévoles des associations ou le camion de Médecins du monde.

Les trois campements du nord de Paris comptaient 2 000 personnes. Les héberger dignement ne représenterait aucune difficulté pour l’État français. À titre de comparaison, l’hôtel de luxe qui va être construit
non loin de là pour les Jeux olympiques, à Pleyel, comptera 700 chambres. Les organisations humanitaires font pour leur part remarquer que le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) sait comment installer dans différents pays des camps accueillant beaucoup plus de réfugiés et dans de bien meilleures conditions que les campements inhumains des portes de Paris.

La détresse dans laquelle vivent les migrants est sciemment entretenue par le gouvernement, qui espère ainsi dissuader d’autres arrivées. La seule chose qui le gêne est qu’elle soit trop visible, et pour cela il multiplie les évacuations.

Daniel Mescla