Pénuries de médicaments : la santé malade du profit

21 Août 2019

Selon l’Agence nationale de sécurité du médicament, 868 signalements de tensions ou de ruptures d’approvisionnement de médicaments ont été notés en 2018. « C’est vingt fois plus qu’en 2008 », soulignent des médecins dans une tribune publiée par le Journal du Dimanche.

Il ne se passe effectivement pas un jour sans que soit annoncé le manque de médicaments contre le cancer, d’antibiotiques, de corticoïdes, de traitements de l’hypertension, des maladies cardiaques ou autres. Les rédacteurs de la tribune en rendent responsables, à juste titre, les laboratoires pharmaceutiques, qui se débarrassent de la production de médicaments jugés par eux peu rentables, quand bien même ils seraient vitaux pour une partie de la population.

La production de médicaments, comme de tout produit, est le fait de groupes capitalistes qui l’organisent en fonction de leurs seuls intérêts. Pour diminuer le plus possible les coûts, ils limitent les stocks et peuvent faire produire un médicament destiné au monde entier par une seule usine. Tant pis si, parfois, la machine se grippe et que le médicament n’est plus disponible. D’autant que la pénurie ainsi créée leur permet d’en augmenter le prix, et souvent de façon astronomique. Ils peuvent d’ailleurs décider d’arrêter purement et simplement la production d’un médicament qui ne leur rapporte pas assez, quitte à mettre en danger la vie des malades qui en dépendent.

Face à la multiplication des pénuries, les gouvernements ont prévu des plans de gestion des pénuries (PGP), que les laboratoires seraient censés mettre en œuvre. Mais, comme le soulignent les signataires de la tribune, « ces plans visent à gérer les pénuries, et non à les prévenir ». Et surtout, comment les laboratoires pourraient-ils lutter contre des pénuries qu’ils organisent eux-mêmes ?

Les laboratoires ont répondu à la tribune des médecins, par la voix du directeur général de l’organisation professionnelle des entreprises du médicament (Leem) : « Il n’y a pas de solution unique et simpliste. »

La seule solution de bon sens serait, pour les travailleurs, d’exproprier les laboratoires capitalistes et de produire les médicaments à prix coûtant, sous le contrôle de la population.

Jacques Le Gall