Migrants en Méditerranée : politique meurtrière des gouvernements européens

21 Août 2019

Le 20 août, la justice italienne a finalement imposé le débarquement des 107 migrants retenus pendant 19 jours sur l’Open Arms devant l’île italienne de Lampedusa. Un autre bateau affrété par une ONG, l’Ocean Viking, est, lui, toujours bloqué en mer. Prévu pour 200 personnes, il en accueille 356, et leurs conditions de survie sont de plus en plus précaires.

Le ministre de l’Intérieur d’extrême droite, Matteo Salvini, avait signé un décret interdisant à l’Open Arms l’accès aux eaux territoriales italiennes. Malgré une première décision de la justice italienne cassant ce décret, Salvini avait maintenu l’interdiction. L’Open Arms avait pu débarquer 27 mineurs isolés, mais plus de 100 personnes restaient bloquées à bord, disposant de deux lavabos et 180 m² abrités. La situation devenait hors de contrôle, des migrants désespérés se jetaient à l’eau pour rejoindre l’île à la nage.

Pourtant, la condition qu’avait fixée Salvini (un accord de répartition des migrants entre les différents pays européens) avait finalement été satisfaite. Mais ce démagogue utilise la question des migrants comme un marchepied pour accéder au pouvoir. L’affaire de l’Open Arms n’est pour lui qu’une occasion de se livrer cyniquement à une nouvelle surenchère.

Les autres gouvernements européens sont tout autant responsables que celui de l’Italie. L’Espagne a commencé par refuser que l’Open Arms accoste sur ses côtes et a rejeté une demande d’asile pour 31 migrants mineurs. Elle a finalement accepté d’ouvrir un port. « Nous ne pouvons pas aller dans un port espagnol parce que nous sommes dans un état d’urgence humanitaire extrême. Il est impensable de naviguer six jours, le temps qu’il nous faudrait pour arriver à Algésiras », a déclaré la porte-parole du navire. La France acceptait certes d’accueillir 40 migrants de l’Open Arms, mais elle tergiverse pour ceux de l’Ocean Viking et elle interdit toujours l’accès à ses ports.

Les navires des ONG sont les seuls à l’heure actuelle à venir en aide aux migrants, qui risquent la noyade en Méditerranée. 2 262 sont morts ainsi en 2018, d’après l’ONU. L’Union européenne a cessé les opérations de secours et se contente de signaler la présence des embarcations de migrants aux gardes-côtes libyens, qui les ramènent vers des camps où ils sont torturés et réduits en esclavage. En même temps qu’elle imposait le débarquement des passagers de l’Open Arms, la justice italienne plaçait le bateau sous séquestre. Un seul navire d’ONG poursuit désormais ses patrouilles.

Loin d’être le modèle social et culturel qu’elle prétend être, l’Union européenne offre un visage de plus en plus inhumain.

Camille LULLE