Football féminin : sexisme pas mort

12 Juin 2019

La Coupe du monde féminine de football se déroule en France jusqu’au 7 juillet, mais les pratiques financières en vigueur et les commentaires en marge de la manifestation témoignent que les préjugés sexistes ne sont pas morts.

Alors que des sports comme le tennis ou le basket-ball se sont féminisés dans la première moitié du 20e siècle, le football a longtemps été en retard, et il le reste.

Des joueuses longtemps exclues

Aux débuts de ce sport, à la fin du 19e siècle, il est pratiqué par des femmes, qui constituent des clubs. En France, à la fin des années 1910, plusieurs équipes de femmes jouent au football. Mais à sa création, en 1919, la fédération française refuse formellement l’entrée des femmes.

En 1925, le patron de l’influent journal L’Auto (ancêtre de L’Équipe) s’indigne ainsi : « Que les jeunes filles fassent du sport entre elles, dans un terrain rigoureusement clos, inaccessible au public : oui, d’accord. Mais qu’elles se donnent en spectacle, à certains jours de fête, où sera convié le public, qu’elles osent même courir après un ballon dans une prairie qui n’est pas entourée de murs épais, voilà qui est intolérable ! » Le décès d’une joueuse pendant un match, en 1927, est exploité pour plaider l’interdiction. Dans les années 1930, le football féminin est toujours vivement critiqué. Enfin, le 27 mars 1941, le gouvernement de Vichy interdit aux femmes une liste de sports, dont le football. Il faut attendre les années 1970 pour voir le retour du football féminin et la création d’une équipe de France.

La fédération internationale, la Fifa, a fait preuve du même sexisme. Dans les années 1970, à une époque où plusieurs fédérations interdisent encore aux femmes de jouer, les premières coupes du monde féminines sont disputées en dehors d’elle. Alors que la Fifa organise une coupe du monde masculine depuis 1930, il faut attendre 1991 pour qu’elle organise l’équivalent pour les footballeuses.

Sexisme et gros sous

Aujourd’hui, la société a évolué, et les sponsors comme les médias voient dans le football féminin un potentiel commercial. Le sexisme prend des formes plus insidieuses que l’interdiction de pratiquer. Il s’observe par exemple dans les inégalités de traitement. Alors qu’un joueur de Ligue 1 gagne en moyenne 73 000 euros mensuels, le salaire moyen d’une footballeuse professionnelle en France est de 2 494 euros. En cas de victoire au Mondial, la Fédération française de football accordera à chaque joueuse 40 000 euros de prime alors qu’en 2018 les Bleus avaient touché chacun 400 000 euros. La différence entre les primes offertes aux équipes par la Fifa se creuse même. Dans plusieurs pays, des joueuses dénoncent ces inégalités, voire attaquent leur fédération pour discrimination, à l’instar des Américaines : elles ont été plusieurs fois championnes du monde et championnes olympiques, mais continuent de gagner moins que leurs homologues masculins, qui n’ont jamais dépassé un quart de finale.

Pour justifier ces différences choquantes, les instances sportives prétextent que le football féminin ne génère pas les mêmes recettes (droits télévisés, etc.), justifiant ainsi leur sexisme par celui de la société. Quand des différences de popularité existent, les autorités en sont les premières responsables : en interdisant longtemps le football féminin, elles l’ont empêché de se développer. Et, en réalité, elles sont en retard sur la société, souvent plus favorable à l’égalité des sexes que les autorités et les médias ne le sont. Chez les jeunes filles, la pratique du football et le nombre de licenciées progresse très rapidement. Le 7 juin, le match d’ouverture France-Corée du Sud a attiré 11 millions de téléspectateurs, un chiffre proche de celui d’un match masculin équivalent.

Les commentateurs sportifs n’osent plus critiquer ouvertement le foot féminin, comme un Thierry Roland le faisait grossièrement. Il faut aller à l’Académie française pour trouver un Alain Finkielkraut expliquer qu’il n’aime pas le football féminin, en ajoutant : « Ce n’est pas comme ça que j’ai envie de voir des femmes. » Qu’il garde donc ses envies pour lui !

Michel BONDELET