Faux steaks : la viande était bien cachée

12 Juin 2019

Au début de l’année, des associations comme le Secours populaire, les Restos du cœur et la Fédération des banques alimentaires ont remarqué l’aspect étrange de lots de steaks hachés qui présentaient des traces blanchâtres.

Ces associations ont retiré une grande partie de ces lots de la distribution et ont alerté la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), pour demander des analyses. Ces dernières ont révélé que ces steaks ne contenaient que peu ou pas de viande, mais du soja, du gras, de la peau. La DGCCRF précise que ces produits ne sont pas dangereux pour la santé, certes, mais il n’est pas sain non plus d’en consommer.

Le gouvernement a sorti son parapluie, incriminant l’entreprise qui avait livré les produits. La secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher a qualifié cette fraude de choquante et moralement inqualifiable. L’entreprise française Vodis SAS, située dans les Côtes-d’Armor, est aujourd’hui accusée, ayant voulu sous-traiter le marché à une entreprise polonaise, et au coût le plus bas possible. Mais elle est loin d’être la seule responsable, et l’État l’est tout autant.

Le marché alimentaire pour les associations caritatives est financé par le Fonds européen d’aide aux plus démunis (le FEAD). Il s’en remet à l’État français et à un office public, AgriMer, dépendant du ministère de l’Agriculture, pour publier des appels d’offres. Le seul critère retenu par cet office public est le prix le plus bas. AgriMer a obtenu le steak à 3,56 euros le kilo, la moitié du prix pratiqué par les grossistes, avec la qualité qui en découle. Comme si on considérait que, pour nourrir les pauvres, le moins cher serait toujours assez bon.

Sans la vigilance des associations, le scandale n’aurait jamais été révélé et ces produits douteux auraient été consommés par des familles. L’État n’est même pas intervenu en urgence pour remplacer ces tonnes de nourriture, qui font aujourd’hui défaut aux associations. Le Secours populaire du Nord entrepose encore à ses frais 68 tonnes de cette viande frelatée et le responsable ne sait pas comment il va nourrir les 3 500 personnes qui dépendent de son association en juillet et en août.

Aline URBAIN