RATP : nouveau réseau de bus… nouvelle galère

08 Mai 2019

Depuis le 20 avril, la RATP a modifié l’itinéraire de 42 lignes de bus parisiens, en a créé cinq et supprimé trois. Elle annonce 110 bus et 700 conducteurs supplémentaires. Moderniser le réseau et répondre aux besoins des usagers, cela serait fort bien mais, comme souvent à la RATP, il y a un pas des paroles aux actes, et ces modifications ne se font pas sans douleur pour les conducteurs.

Pour le moment on est loin des 700 conducteurs annoncés, car les recrutements sont étalés jusqu’en fin d’année, faute de formateurs. De plus, parmi les conducteurs affectés au 20 avril, la RATP a déshabillé Pierre pour habiller Paul, en remettant en ligne des conducteurs qui étaient passés en secteur administratif ou des formateurs. Elle a aussi détaché des machinistes de dépôts de banlieue, sans hésiter à créer des sous-effectifs dans ces dépôts. Quant aux conducteurs embauchés depuis moins d’un an, ils ont aussi été mutés sur Paris sans tenir compte de l’endroit où ils habitent. La direction insiste encore plus pour faire travailler sur des jours de repos. Malgré tout cela, il est probable que les 110 bus ne seront pas tous sur ligne, faute de conducteur. Enfin, faute de matériel neuf, la RATP a dû prolonger l’utilisation de vieux bus diesel, affectés en banlieue en raison de leur pollution.

Pour les machinistes, ce n’est guère mieux. Sur certaines lignes, les services en deux parties augmentent, avec parfois une amplitude de 13 heures, par exemple de 7 heures à 20 heures, avec une coupure de trois à cinq heures en milieu de journée, que beaucoup de conducteurs passent au dépôt à attendre, vu l’éloignement de leur domicile. Ces journées à rallonge sont plus fatigantes et empêchent toute vie personnelle. La direction prétend que cela permet d’améliorer l’offre aux heures de pointe les plus tardives mais, aux heures creuses, il manque des bus. La vraie raison est qu’ainsi la RATP et IDFM (la région qui subventionne et organise les transports en commun) peuvent réduire le nombre de conducteurs par ligne. Toutefois, sur les lignes modifiées, les temps de parcours ont enfin été revus à la hausse, et sur quelques lignes il y a pour l’instant des temps de pause améliorés au terminus. À l’inverse, des lignes comme le 91 et le 38 sont devenues tellement longues que les pauses y sont moins fréquentes et la régularité dégradée.

Pour les voyageurs, côté information, c’est souvent rien. Ainsi à la gare Montparnasse, où il y a d’importants changements de lignes et de terminus, et des travaux, il n’y a quasiment personne pour informer les usagers. Il en est de même à la gare Saint-Lazare. Où sont passés les agents mobilisés cités par la RATP, et les 1 500 « ambussadeurs » ? Une partie des anciens arrêts n’ont pas été démontés, sans être masqués, et créent de la confusion pour les voyageurs. Les nouveaux ne sont pas tous installés, et les voyageurs doivent se contenter de potelets provisoires ou d’affichettes collées sur un arbre ou un poteau.

Pour ce nouveau réseau, la ville de Paris, IDFM (la région) et la RATP annoncent une augmentation de la vitesse des bus, jusqu’à présent en baisse régulière du fait d’énormes bouchons, même dans les couloirs de bus. Mais, avec les travaux en cours, la réduction des voies de circulation pour les voitures, la multiplication des véhicules utilitaires, les vélos et trottinettes circulant dans les couloirs de bus, ou la fermeture des voies sur berges, on voit mal comment les causes du ralentissement des bus pourraient disparaître. Alors, la ville de Paris annonce l’installation de caméras et la multiplication des amendes, mais qui croira que cela va changer quelque chose ?

Depuis 1950, rien n’avait été modifié dans les lignes de bus parisiennes et les changements annoncés s’imposaient sans doute. Mais, comme toujours, les moyens ne suivent pas, en personnel et en matériel. Pour les voyageurs et les conducteurs de bus, les problèmes sont loin d’être réglés.

Correspondant LO