Rwanda : l’État français complice du génocide

10 Avril 2019

Alors que l’on commémore le 25e anniversaire du début du génocide contre les Tutsis au Rwanda, les hommes politiques et les chefs militaires français continuent à nier la responsabilité de la France dans l’assassinat de près d’un million de personnes, car cela reviendrait à mettre en accusation toute la politique de l’impérialisme français en Afrique.

Entre avril et juillet 1994, un million de personnes, dans leur immense majorité des Tutsis mais aussi des opposants en général, ont été exterminées par les milices et l’armée de la dictature rwandaise appuyées par une partie de la population. Ce génocide a eu lieu alors que les grandes puissances connaissaient de longue date ses préparatifs et ont laissé faire.

Depuis 1975, la France soutenait le président hutu Habyarimana et aidait à la formation et à l’armement de l’armée rwandaise. Quand, à partir de 1990, celle-ci dut affronter une guerre menée par le Front patriotique rwandais (FPR), la France accrut son aide car elle considérait ce mouvement comme la tête de pont des États-Unis dans cette région convoitée d’Afrique centrale et Mitterrand, alors président de la République, fit le choix de soutenir coûte que coûte Habyarimana, alors que le racisme anti Tutsi et les pogroms étaient un pilier de sa politique, bien avant avril 1994.

Quant au génocide lui-même, il était prévu et organisé de longue date. Des organisations de jeunesses, des milices avaient été formées et préparées politiquement et militairement dans ce sens. Une propagande haineuse d’appel aux meurtres avait été distillée durant des mois à travers des médias comme la Radio télévision des Mille collines, pour y préparer la population.

L’accord visant à la formation d’un gouvernement de compromis entre la dictature hutu et le FPR, signé par Habyarimana à cause de l’avancée militaire de celui-ci, décida les extrémistes hutus à se lancer dans le génocide. L’attentat contre l’avion présidentiel, dans lequel Habyarimana périt le 6 avril 1994, fut le prétexte, un attentat qu’ils avaient certainement eux-mêmes perpétré. Dans les minutes qui suivaient, les premiers barrages étaient mis en place pour arrêter et tuer des Tutsis. Alors que les rues commençaient déjà à se remplir de cadavres, c’est à l’ambassade de France qu’était formé le gouvernement extrémiste appelant à l’élimination des Tutsis.

Pendant les trois mois qu’ont duré les massacres de masse des Tutsis et de tous ceux qui s’opposaient au génocide, la France n’a jamais cessé de soutenir activement ce gouvernement, notamment en lui livrant des armes, passant outre l’embargo décrété par l’ONU. C’est une banque française, la BNP, qui débloqua des fonds pour cela. Enfin, lorsque ce gouvernement fut finalement mis en échec par le FPR, l’armée française, sous couvert d’une opération humanitaire, aida les auteurs du génocide à quitter le pays pour se réfugier dans des camps dans les pays voisins, et se réarmer.

Aujourd’hui, Macron voudrait tourner la page et retrouver des relations diplomatiques profitables avec le Rwanda. Il tente de faire taire les critiques, sans pour autant vouloir faire la vérité sur la responsabilité de la France dans la mort d’un million de Rwandais. Il a annoncé la création d’une commission d’historiens et de chercheurs triés sur le volet qui auraient accès à toutes les archives concernant la politique française au Rwanda entre 1990 et 1994, y compris les archives militaires ou classées secret défense.

Macron a également proposé d’adopter la date du 7 avril comme journée de commémoration du génocide, ce qu’elle est déjà pour l’ONU. Pour le pouvoir, il s’agit de faire des discours sur le devoir de mémoire, de pleurer sur les victimes sans jamais dénoncer les responsabilités de ceux qui ont armé les bras des génocidaires.

Partout en Afrique, l’impérialisme français est prêt aux pires exactions pour défendre ses intérêts. L’ensemble de son personnel politique et militaire est formé à cela. De ce point de vue, Macron est le digne successeur des politiciens français qui ont sur les mains le sang du génocide rwandais.

Marion AJAR