Loi anticasseurs : Macron sort le parapluie

13 Mars 2019

Mardi 12 mars, la loi anticasseurs a été votée par le Sénat, dont la majorité est à droite. Ce n’est pas une surprise, puisque la loi que le Premier ministre Édouard Philippe avait proposée en urgence, pour impressionner les gilets jaunes et montrer sa poigne, avait été inspirée par Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat.

Comme les sénateurs n’ont pas changé une virgule au texte voté à l’Assemblée nationale le 28 janvier, la loi sera donc adoptée en l’état, sans repasser par l’Assemblée nationale. Elle continue cependant de soulever la contestation, tant il est évident qu’elle est une menace pour la liberté de manifester. Un préfet, représentant de l’État et donc du gouvernement, pourra interdire à une personne de manifester, ce qui était l’affaire d’un juge depuis que les dispositions de l’état d’urgence étaient entrées dans le droit commun, à l’initiative, déjà, du gouvernement et de Macron ; toute dissimulation de visage dans un défilé sera passible d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende ; les fouilles aux abords des cortèges seront étendues et facilitées. Cinquante-trois organisations, dont le Syndicat des avocats de France, le Syndicat de la magistrature, Amnesty international, ont appelé le 7 mars le gouvernement et le Parlement « à abandonner ces mesures qui violent les principes les plus fondamentaux de l’État et du droit ».

Mais c’est Macron qui a sorti de son chapeau un tour inattendu, en demandant au Conseil constitutionnel de vérifier si tous les articles de la loi sont recevables en l’état. Peut-être a-t-il jugé qu’il avait envoyé suffisamment de signes à l’électorat de droite et à la frange de la population pour qui les gilets jaunes et la contestation, ça va cinq minutes ; peut-être a-t-il voulu faire un geste en direction des parlementaires LREM qui s’étaient abstenus de voter la loi à l’Assemblée nationale.

En tout cas, Macron évite ainsi d’étre mis en cause si le Conseil constitutionnel juge certains articles irrecevables : c’est lui-même qui aura demandé son avis.

Pour les éborgnés et les mutilés des manifestations de gilets jaunes, cette nouvelle étape dans l’adoption de la loi ne changera rien, puisque la police ou les gendarmes mobiles démontrent qu’ils sont déjà capables d’user et d’abuser d’une violence tout à fait constitutionnelle pour dissuader de participer aux manifestations.

En revanche Macron, bon prince, pourra faire la roue en se présentant comme le garant des libertés. Le grand débat ne l’a que trop montré : il est bon comédien.

Boris SAVIN