Espagne : la marée violette du 8 mars

13 Mars 2019

Vendredi 8 mars, une marée violette a déferlé dans les rues des villes d’Espagne. À Madrid, Barcelone, Séville, Saragosse, Bilbao, Valence, mais aussi dans de nombreuses villes moins importantes, des centaines de milliers de femmes et d’hommes ont manifesté de manière festive.

Ces manifestations ont été accompagnées de grèves, allant d’un débrayage de deux heures à une journée, rassemblant des millions de travailleuses et de travailleurs (six millions d’après l’UGT, l’une des principales centrales syndicales). Ces centaines de milliers de femmes se sont donc mobilisées pour réaffirmer leurs revendications historiques : non à l’exploitation, à la précarité, non aux discriminations salariales !

Et parmi les facteurs qui ont contribué à l’ampleur de cette mobilisation, plus nombreuse encore que celle de l’an passé, il y a la violence sexiste contre les femmes. Dans le pays, 47 ont déjà été assassinées cette année par leur mari, leur compagnon ou leur ex-conjoint. Et personne n’a oublié l’indulgence des juges envers les violeurs, entre autres à l’égard de ceux qui s’intitulaient eux-mêmes la manada (la meute), qui avaient violé collectivement une jeune femme et s’en étaient vantés sur les réseaux sociaux.

Récemment, un petit parti, Vox, se situant ouvertement à l’extrême droite, a émergé lors des élections à la Généralité d’Andalousie, en obtenant des élus. Se réclamant de façon à peine voilée de la tradition franquiste, il a fait de l’antiféminisme l’un de ses chevaux de bataille, se prononçant contre l’avortement, voulant que les violences machistes ne relèvent pas de la justice mais soient réglées dans le cadre familial : autant dire que les femmes peuvent être battues, violées ou assassinées au sein de leur famille. Les associations anti-IVG soutenues par l’Église sont actives. L’association ultra conservatrice Hazte oir (Fais-toi entendre) a même fait circuler un bus comparant les féministes aux nazis, arborant une photo de Hitler.

En face de ces réactionnaires qui donnent de la voix, plusieurs centaines de milliers de femmes et d’hommes ont tenu à dire : « Non à la soumission, À bas l’obscurantisme religieux, Vive la lutte des femmes, Vive l’égalité de l’humanité entière », au travers de manifestations massives, mais aussi de grèves qui, même si elles ont été diversement suivies, ont réussi à perturber l’activité économique de façon marquante.

Comme toujours, des politiciens de gauche se sont placés au premier rang, avec évidemment l’objectif de capter des voix lors des élections du mois prochain. Cela a également été la démarche de la formation de droite Ciudadanos. Seul le PP, le parti de droite de Rajoy, a tenu à marquer ses distances.

Au-delà de ces calculs politiciens, ces manifestations et ces grèves résonnent comme un profond cri contre des décennies de mépris, d’exploitation et de soumission. Elles ne peuvent que réjouir et encourager celles et ceux qui luttent pour une société débarrassée de l’obscurantisme et de toutes les oppressions, dont celles que subissent les femmes. Et il faut espérer que cela crée une impulsion et une dynamique se propageant à l’ensemble du monde du travail.

Jacques MULLER